Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 19:10

 

1)  LA POUPEE ET LE CHIEN

 

 

- "Alors, comment tu l'as trouvée ? Tout s'est bien passé tu ne penses pas ?".

 

- "Oui, ça peut aller. Mais quand on propose des biscuits avec le café, on les place dans une assiette, on ne les laisse pas dans la boîte !".

 

 

Cette scène se déroule en mars 1965.

Celui qui pose la question, c'est mon père. Veuf depuis un an à peine.

 

La femme qui lui répond, sortait avec lui de chez ma tante (la demi-soeur de mon père). Je ne savais pas encore qui elle était.

 

        Depuis que ma maman était décédée, après avoir accouché d'un enfant mort-né en Avril 1964, je vivais chez cette tante.

 

Une tante aimante, qui m'avait cajolée et apporté les paroles apaisantes qu'une enfant de 4 ans peut attendre. Elle s'appelait Gisèle. Et je l'appelais "Tante Gisou".

 

Nous dormions dans la même chambre elle et moi, et j'entends encore ce leit motiv qui précédait mes nuits :

 

- "Bonne nuit ma poule",

- "Bonne nuit ma tante",

- "Fais de beaux rêves",

- "Toi aussi  ma tante, à demain",

- "Oui ma poule".

 

Est-ce-que l'attente, chaque soir, de ce mini-dialogue entre ma tante et moi, augurait une crainte de l'abandon ?

 

Je ne sais pas. Mais j'ignorais à ce moment là que tout ceci allait s'arrêter net un jour d'Avril 1965.

 

Je n'avais pas compris que cette femme, qui préférait les gâteaux placés dans une assiette plutôt que ceux proposés par ma tante avec le coeur, allait devenir ce que l'on appelle : "ma belle-mère".

 

J'étais âgée de 5 ans seulement lorsque j'ai entendu cette réflexion à propos des biscuits.

Et, déjà, je pressentais combien la bienséance prenait le pas sur les sentiments chez cette femme.

 

 

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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 16:38

  2) LE CONTEXTE

 

Mon père et ma mère avaient tous deux tenu un café jusqu'en 1964. Un petit commerce de quartier dans une commune de l'agglomération Lilloise. C'était aussi notre lieu d'habitation.

 

J'y suis née en Janvier 1960. J'y ai grandi.

J'ai paraît-il marché dès l'âge de 9 mois, et j'ai également parlé assez "précocement"...

 

Volonté de vivre sans doute, après une sténose du pylore déclarée rapidement après la naissance, une méningite et des convulsions dont je n'ai trace que sur mon carnet de santé.

Trace d'une cicatrice sur le ventre aussi. L'opération du pylore.

 

Des traces, des traces... Mais pas d'explications !

 

Je me souviens vaguement du carrelage noir et blanc du café, du brouhaha de la clientèle... De la musique diffusée. Et de la voix d'Edith PIAF qui résonne dans ma tête aujourd'hui encore !

 

J'apprendrai plus tard que ma maman imitait Edith PIAF et jouait de l'accordéon (j'en ai vu des photos vers l'âge de 19 ans !).  Mon père imitait Fernand Raynaud. C'était un homme jovial qui avait beaucoup d'humour et aimait s'amuser.

 

Leur café était donc un petit "café-spectacles".

 

Ma tante (demi-soeur de mon père donc), habitait deux maisons plus loin. Mais comme beaucoup d'habitations du Nord de la France, la configuration des lieux me permettait de passer facilement de chez mes parents à chez elle. Il y avait en effet une petite cour commune située à l'arrière des maisons. Nous nous partagions les "commodités".

 

J'étais connue de chaque voisin qui occupait cette cour : 

 

- un cordonnier, prénommé "Paul", que j'aimais aller voir travailler dans son atelier. J'appréciais cette odeur de cuir et de colle qui s'en dégageait et j'y passais des heures. J'admirais sa dextérité et son savoir-faire. Parfois, il m'expliquait comment il réparait les chaussures que je voyais, là, empilées sur des étagères... Il me fascinait avec ses machines si sophistiquées et si désuètes maintenant !

 

- Il y avait aussi une vieille dame, "Adèle", dans l'autre maison. Elle vivait seule. Je m'installais sur son divan rouge, dos à la fenêtre, et nous parlions... Comme deux amies... Plus de cinquante ans nous séparaient mais nous parlions...

Ses sourires, sa gentillesse étaient mon rayon de soleil.

Je devais être le sien aussi, car elle m'attendait toujours impatiemment et m'accueillait à bras ouverts.

 

J'aimais tous ces gens et ils me le rendaient bien, par leur affection, leur tendresse et leurs mots gentils.

 

Ma tante, divorcée, vivait avec ses trois filles et son père (celui que j'appelais "Pépère Henri"). Un homme foncièrement bon qui ne quittait jamais sa casquette lorsque nous nous promenions main dans la main.

 

Avec lui j'allais chaque jour dans le parc public près de chez nous. Il me laissait jouer dans le bac à sable, je grimpais partout, je jouais comme si cet endroit était le mien.

Puis il m'emmenait dans la petite cabane en bois au fond du parc. La petite "boutique" aux bonbons...

Ah ! les bonbons ! Comme j'aimais ça et comme il me gâtait sans que je demande rien mon "Pépère Henri".

Il était heureux de me voir heureuse et j'étais contente de voir ses yeux illuminés du plaisir qu'il me faisait. Il était toujours souriant, près de lui j'étais confiante... Je ne craignais rien.

 

C'était une époque formidable. Celle où, grâce à lui, j'ai découvert des tas de choses et des tas de gens aussi.

 

"Le café de l'exposition", à côté du parc, était l'endroit de prédilection des gardiens du parc. Celui de mon grand-père aussi. Il était l'ami de tout le monde !

 

Il y avait là une bourloire. Une immense piste sur laquelle les adultes jetaient ce que l'on appelle "les bourles", dans le Nord de la France... Du bois très lourd qui m'impressionnait, même si je ne comprenais pas l'objectif recherché dans le jeu.

 

Je les entendais y aller de leurs commentaires, de leurs cris de joie, de leurs déceptions aussi...

 

Les gardiens du parc m'aimaient bien. Les tenanciers de ce café aussi. J'étais entourée de gens affectueux et qui m'appréciaient parce que j'aimais les choses simples. Je n'avais pas été habituée au luxe. Je n'étais pas capricieuse. Tout me convenait.

Tout, du moment que je sentais l'amour.

 

 

Ma Maman était morte le 13 Avril 1964, après avoir accouché d'un enfant le 4 Avril 1964. Un enfant dont le livret de famille, que j'ai toujours, mentionne seulement : "enfant présentement sans vie".

Fille ou garçon ? Je ne sais pas. Personne ne m'en a jamais parlé.

J'ai tenté de savoir. Je cherche encore aujourd'hui...

 

Cela ressemble à un secret de famille auquel je n'ai pu avoir accès. Mais pourquoi donc m'avoir caché cette vérité ?

 

 

De cette année passée chez ma tante, entourée de mes trois cousines - adolescentes à l'époque - et de ce grand-père qui n'était pourtant pas biologiquement le mien, je n'ai que des souvenirs agréables.

 

Certes, ma tante était issue d'un milieu modeste. Bien sûr, ce n'est pas elle qui aurait pu m'apprendre toutes les bonnes manières, le "beau-parler", la retenue dans le langage, dans les gestes, dans les attitudes, etc...

 

Mais j'étais une petite fille épanouie. Un peu "délurée", oui, mais tellement choyée et heureuse de vivre !

 

J'étais aussi comme "la petite soeur" de mes cousines. Entre 9 et 12 ans seulement nous séparaient.

 

 

 

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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 17:25

3) LA CASSURE

 

 

En Avril 1965, eut lieu le remariage de mon père.

 

Je n'en ai aucun souvenir, si ce n'est une photo prise sur le perron de l'hôtel de ville. Il n'y eut pas de cérémonie religieuse, mon père était veuf, mais ma belle-mère était divorcée.

 

 

Je crois que nous disposons tous d'une mémoire sélective. J'ai occulté ce mariage sans doute.

Le reste, je n'ai pu l'éviter...

 

Dès la première année de vie commune de mes parents, je me suis trouvée aux prises avec une femme qui voulait manifestement faire de moi une petite fille modèle.

 

Une poupée de salon en fait. Celle que l'on installe sur un coussin dans une position bien précise, sans qu'elle puisse bouger.

 

Car, là, commença le dressage quotidien !

 

Je me suis ainsi souvent comparée à un petit chien de rue que l'on voulut transformer en chien de salon.

Les deux métaphores se valent je crois... Celle du chien, ou celle de la poupée.

 

 

Au moindre de mes gestes cette femme me reprenait.

A la moindre parole, elle rectifiait.

 

Mon alimentation a radicalement changé. Plus de salaisons, plus de bonbons, plus de saucisses non plus... Mon plat préféré chez ma tante : saucisse - purée ! Ce n'était pas grand chose. Mais cela je l'avais apprécié chez ma tante et mon grand-père ; il fallait donc qu'elle me l'enlève.

 

Elle m'a ôté le droit de m'exprimer, surtout en présence d'un étranger. Cela aurait pu nuire à son image.

 

Elle travaillait dans une blanchisserie, dont elle assurait la gérance. J'y étais régulièrement bien sûr, assise sur une chaise, les bras croisés.

 

Un jour, un client osa me demander comment je m'appelais. Je n'ai pas eu le temps de répondre... Il n'eût pas fallu qu'il entende le son de ma voix !

 

Une autre fois, je me suis osée à dire "au revoir" à un client. Elle m'a dit tout de go : "tais-toi, tu ne parles pas si on ne te le demande pas".

 

Bien mon capitaine...

 

Mais, à côté des interdits, il y avait les obligations : le ménage tous les jours, la cuisine le midi lorsque j'étais dans notre habitation.

 

A huit ans j'étais déjà devenue une petite ménagère presque parfaite.

Je dis "presque" car rien n'était jamais assez bien fait à son goût.

 

Je me souviens de l'apprentissage du tricot ! J'en avais les mains moites tant elle me faisait peur. Rouspétant et criant au moindre point de travers. Je n'ai jamais su tricoter !

 

 

Et ma scolarité dans tout cela ?

 

Très tôt j'avais été scolarisée par mes parents biologiques. J'avais un an d'avance après avoir "sauté" une classe.

 

Toujours première, je donnais entière satisfaction à mes institutrices.

 

Je n'avais pas eu besoin de cette femme pour cela. Et pourtant, elle n'a vu chez moi que des défauts... Faisant fi de quelques qualités innées.

 

Preuve de son insatisfaction générale, j'étais à ses yeux "une bonne à rien". Plus tard je deviendrai "une tarée", comme elle me le répéta si souvent.

 

Mon père était aide-comptable chez un gros concessionnaire automobile. Toujours vêtu d'un costume-cravate. Des chemises blanches impeccables au col amidonné. C'était un homme fier de sa personne, les cheveux lissés à la brillantine comme c'était la mode dans les années 60...

 

A la mort de ma Maman il avait pris un appartement juste à côté de son lieu de travail. Une maison de maître, dont seul l'étage était aménagé.

 

Face à son lieu de travail... La blanchisserie, où il déposait son linge !

 

C'est donc là qu'ils se sont rencontrés. Il avait 35 ans, elle en avait 38.

Jolie femme, il faut le reconnaître. Elégante elle aussi.

 

Sans doute avaient-ils tout pour se plaire.

 

Mais comment donc mon père, si jovial, si ouvert aux autres, n'a-t'il vu que du feu dans cette belle paire d'yeux ?

 

Car, sortie de son commerce où il lui fallait faire bonne figure dans un quartier où les notables et les grandes maisons de maître étaient légion, son visage se refermait...

Plus un sourire, plus un mot gentil !

 

Très vite je suis devenue observatrice. J'ai tenté de comprendre ses attitudes, ses propos peu engageants.

Et cette obséquiosité à l'égard d'une partie de sa clientèle... Les notables. Le monde dans lequel elle se sentait bien. Et là où elle avait passé une partie de sa vie avant d'arriver dans cette blanchisserie.

 

Madame avait travaillé chez les grands lainiers de l'époque. Dans les châteaux.

Là, elle assurait la couture, la cuisine, le ménage.

 

Elle avait donc appris les convenances, les bonnes manières. Plus tard, elle me montrera un cahier sur lequel l'un de ses patrons notait chaque jour la qualité des repas qu'elle confectionnait et servait à table... Une note et une appréciation !

C'est ainsi qu'elle avait évolué dans ce milieu, avait vu vivre ces gens aisés et s'était identifiée à eux. 

 

Il est évident qu'avec mon père et moi, elle était aux antipodes de ce qu'elle avait connu. Elle, dont le père était mineur de fond et la mère... Ancienne couturière, cuisinière et ménagère chez les notables.

 

La boucle est bouclée. Cette femme n'était que "façade". Sa mère lui avait inculqué la façon de vivre des notables, elle-même était ensuite entrée dans ce monde de privilégiés.

Elle voulait "paraître"... Pour elle, vivre c'était cela : veiller au moindre fait et geste, être à l'affût d'une parole maladroite. Cela réclamait un entraînement intense.

 

Et je devais forcément "assurer" moi aussi !

 

 

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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 18:44

 

4) LE DEBUT DES FRAYEURS

 

 

Dans cette maison dont le logement se situait à l'étage, le hall d'entrée laissait place à un grand escalier de bois qui me paraissait immense.

 

Dessous, mon père et sa femme y logeaient les bouteilles de vin, et tous éléments "qui n'ont pas leur place dans un intérieur".

 

C'est sans doute ainsi que ma belle-mère voyait les choses. Raison pour laquelle c'est moi qu'elle envoyait généralement dans ce "réduit" sombre et déprimant à souhaits qui me glaçait.

 

Ma crainte était qu'elle me demande cela le soir, lorsqu'il faisait noir... J'avais eu beau lui dire que j'avais peur du noir. Rien n'y faisait. Elle criait, me disputait, me frappait jusqu'à ce que je descende en pleurant chercher ce dont elle avait besoin.

 

Je remontais le plus vite possible, craignant toujours qu'un intrus, sorti d'on ne sait où me poursuivrait...

 

Cette terreur est toujours restée. Aujourd'hui encore, à 50 ans, je crains de descendre la nuit dans le noir et surtout... De remonter l'escalier ! C'est horrible.

 

 

Ce qui n'arrangeait guère la  situation, ce sont ces cris que j'entendais depuis ma chambre, chaque soir, lorsque nous étions couchés.

 

La chambre de mon père et de sa femme était située sur le palier, en haut de l'escalier. La mienne à quelques mètres de là... Avant la salle à manger et la cuisine.

 

Des disputes dont je ne discernais pas les propos. Mais à chacune d'elles la fin était identique : mon père quittait la chambre en claquant la porte, passait dans la mienne pour rejoindre la cuisine.

 

Je m'endormais, jusqu'au petit matin où je le trouvais, face au miroir de la cuisine, il se rasait scrupuleusement (nous n'avions pas encore de salle de bains).

Ma belle-mère était bien souvent ailleurs dans le logement. Je ne comprenais rien !

Tous deux partaient au travail. De mon côté j'allais à l'école.

 

A table, le soir, les disputes reprenaient de plus belle. Pour une bricole, un mot de travers, un souci d'argent, que sais-je...

 

J'en étais arrivée à un point tel que je préparais, dans mon esprit de petite fille de 8 ans (déjà !) toutes sortes d'histoires qui pourraient faire diversion, dès que je sentirais le ton monter.

Je pressentais les disputes... J'intervenais.

Parfois cela produisait son effet. Le calme revenait. Mais jamais très longtemps.

 

Il en fut ainsi pendant plusieurs années.

 

Mais que se passait-il dans ce couple pour que les disputes fusent ainsi ?

Pourquoi en étaient-il arrivés à se haïr, au point qu'un jour ils en vinrent au couteau de cuisine ?

Oui, nous en étions là. Ma belle-mère tenait bien un couteau de cuisine le jour où elle empoigna mon père ! Elle le griffa au visage avec une rage telle qu'il en a gardé une balafre sur la joue gauche.

Cela s'est passé la veille de ma communion solennelle...

 

Je hurlais tellement souvent que j'effrayais le voisin et son épouse. Un soir, il est venu sonner chez nous.

Je me suis réfugiée là, chez ce couple, à chaque dispute spectaculaire. Je m'enfuyais.

Un jour, ma belle-mère m'a bloqué la porte de sortie du couloir.

Je suis passée par une fenêtre. Sautant sur un toit d'un garage adjacent...

La panique !

 

Cette femme était d'une violence inouïe. J'étais perdue dans les méandres de ce couple que l'amour semblait finalement n'avoir jamais rejoint vraiment.

 

Mes seules échappatoires :

 

- l'école, où je me sentais en sécurité, j'y étais bien,

- mes devoirs que je faisais dans ma chambre le soir, avant que ma belle-mère rentre de son travail.

 

J'étais studieuse. Très studieuse. Mais le ménage devait passer avant tout.

 

En rentrant, Madame, vérifiait si tout avait été nettoyé.

 

Un soir, j'étais à mon bureau, elle vint dans ma chambre avec un ramasse-poussières, fit le geste de poser la brosse pour constater que quelques infimes particules de poussières environnantes s'étaient redéposées au sol (du parquet).

 

Elle me prit violemment par le bras, me tira de ma chaise, me fit tourner comme une girouette en me criant (excusez du peu) : "sale bête, garce, putain"... Et me plaqua contre mon lit, ou je m'écrasai abasourdie sans rien comprendre à son geste.

 

Je la craignais, elle me violentait et je ne disais rien.

Mon père était au café. Celui où il avait "élu domicile" avant de rentrer, ivre bien sûr.

 

Mon père a sombré dans l'alcool très jeune... J'ai, plus tard, compris que cette femme refusait de s'offrir à lui.

 

Un mariage "non consommé", comme l'on dit vulgairement.

 

Ce qui peut d'ailleurs expliquer aussi, pourquoi cette femme avait - avant de connaître mon père - été mariée trois mois seulement, pour divorcer ensuite.

 

 

 

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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 20:17

5) QUAND LE CORPS S'EN MELE

 

 

Le jeudi, à cette époque là, était le jour où je pouvais aller chez ma tante et chez mon grand-père. J'y passais la journée. Je me détendais.

 

Tous deux avaient bien compris "le malaise" qui régnait, mais personne ne s'en mêlait. Et je ne faisais pas non plus état de ces maltraitances physiques.

 

Ma tante, me faisait alors de la saucisse et de la purée. Mon grand-père me conduisait au parc public où je reprenais mes jeux "comme avant".

J'avais toujours droit aux carambars, aux sucettes, aux "mistrals gagnants"...

 

C'était notre petit secret à nous car il ne fallait pas que ma belle-mère le sache.

 

Mon grand-père me choyait tellement que, lorsqu'il me ramenait, les autres soirs,  de l'école jusqu'à chez moi, il me donnait pour la route des tartines, garnies de pâté, ou de saucisson... Toutes ces denrées qui m'étaient totalement défendues chez ma belle-mère.

 

Mais, pas assez vicieuse pour jeter les tartines garnies de confiture que cette femme me laissait en guise de goûter, je les accumulais dans un sac qu'elle avait confectionné elle-même (brodé d'une tête de poule).

 

Aussi, ne suis-je pas là d'oublier le jour où, les vacances scolaires arrivées, il me fallut ramener ce sac à la maison !

Ma belle-mère y découvrit les tartines moisies. Ce fut la catastrophe !

 

Elle me gifla avec une violence incroyable, insulta mon grand-père (se doutant bien qu'il en était le responsable).

 

Et la punition tomba : "Tu n'iras plus chez ton grand-père, c'est terminé ! D'ailleurs, qu'y a t'il de plus là-bas qu'ici ? Du sucre ?".

 

Ce furent ses propos, textuellement.

 

Je ne répondis pas, mais je pleurai. Je pleurai en pensant que "là-bas" il y avait l'amour, la tendresse, l'affection, la compréhension. Tout ce qu'un enfant est en droit d'attendre.

Tout ce dont elle me privait.

 

Je me rongeais de l'intérieur, littéralement.

 

J'adorais mon grand-père (qui n'était pas assez bien pour elle évidemment), j'aimais tellement ma tante (qui n'était pas assez maniérée à son goût - souvenez-vous des biscuits...).

 

Cette femme était tellement odieuse qu'elle m'avait un jour demandé de laver une chaise en bois laqué blanc qui était dans la cuisine.

Cela n'aurait rien de particulier si ce n'était celle sur laquelle s'asseyait mon grand-père lorsqu'il venait en me ramenant de l'école.

Elle la trouvait sale et m'avait fait remarquer que c'était à cause des pantalons de mon grand-père.

 

J'ai nettoyé la chaise en me demandant si, la prochaine fois qu'il viendrait, il ne devrait pas s'asseoir sur le sol. Je peux dire maintenant qu'elle en aurait été bien capable.

 

Mais comment expliquer que je ne la détestais pas ?

Je ne savais que faire pour la soulager après son travail.

 

Et elle avait instauré un "rituel". Chaque soir en rentrant, quand elle ne vérifiait pas le ménage, elle s'asseyait, soufflait pendant dix minutes en se projetant de l'air sur la figure, et me réclamait ses pantoufles.

 

Mais qu'étais-je vraiment aux yeux de cette femme ?

 

Mon père m'avait entre-temps offert un petit chien... Un griffon que j'avais appelé "Coquette". Cette chienne était vraiment ma petite compagne et je m'en occupais bien.

 

Mon père aimait les bêtes, à l'inverse de ma belle-mère, qui ne s'employait à parler à cette chienne que lorsqu'elle avait décidé de ne plus m'adresser la parole.

  

Madame avait, comme cela, des passages où elle pouvait rester une semaine entière sans m'adresser la parole pour autre chose que des invectives.

Cette façon qu'elle avait, alors, de prendre ma chienne et de lui parler, me peinait profondément.

Je le ressentais comme de la provocation. Mais je ne disais rien ; comme toujours.

 

En dehors de ces moments là, ma chienne était elle aussi son "bouc émissaire".

 

 

Comme je l'ai écrit précédemment, nous ne disposions pas de salle de bains dans ce logement. Elle fut installée après par la propriétaire des lieux.

 

Ainsi, lorsque je me lavais, c'était les pieds dans une bassine posée sur du papier journal, près de l'évier de la cuisine.

 

Le lavage des cheveux était un supplice auquel je n'échappais pas bien sûr... (je les avais mi-longs à cette époque).

 

Elle me courbait la tête dans l'évier, d'abord le shampooing, puis elle me versait des brocs d'eau - froide bien souvent - pour un premier rinçage au vinaigre et rinçage une dernière fois à l'eau froide toujours, sans ménagement bien entendu.

 

Ce souvenir m'a aussi "hantée" pendant des années. Ma peur de l'eau a mis longtemps avant de me quitter.

 

Cette femme abominable était prête à tout pour manifester son rejet total de ma personne.

 

Que lui avais-je donc fait ? Je n'avais pas demandé à être sur terre... Elle savait, en l'épousant, que mon père avait une fille (j'ai appris en 2008 qu'elle ne m'avait pas adoptée lorsqu'ils se sont mariés).

 

Le premier cadeau de fête des mères que je lui ai offert m'a été renvoyé à la figure avec un : "Je n'ai pas besoin de cela, et de toutes façons je ne suis pas ta mère". S.I.C.

(cf la page intitulée : "le cadeau").

 

Elle m'avait profondément blessée. J'ai avalé ma salive. Je n'ai rien ajouté.

 

Et si j'écris "j'ai avalé ma salive", ce n'est pas par hasard...

 

A l'école, la médecine scolaire avait notifié sur mon carnet de santé, à plusieurs reprises déjà : "absences en classe".

 

Non, je ne faisais pas l'école buissonnière. Mais, à l'âge de 8 ans, j'ai commencé à déclarer des malaises d'origine non identifiée.

Mon père négligea cette mention. Ma belle-mère aussi.

 

Ces alertes de la médecine scolaire devinrent de plus en plus insistantes sur mon carnet de santé, accompagnées de notifications confidentielles (que j'ai d'ailleurs encore chez moi).

 

Notifications en rouge, avec point d'exclamation à l'appui et injonction de m'amener chez un spécialiste.

 

J'étais donc proche de ma onzième année quand ce problème a enfin été pris en compte...

Le diagnostic est tombé : "crises d'épilepsie".

 

Plus tard, j'apprendrai que j'étais atteinte d'une épilepsie temporale droite, avec sclérose hippocampique. Epilepsie dite "rebelle", "complexe", "partielle".

 

J'en souffre encore aujourd'hui, étant résistante à toute forme de molécules médicamenteuses.

 

Cette femme m'avait vraiment forgée de façon telle que je résistais à tout. 

 

Cela n'entravait en rien ma scolarité heureusement. J'étais toujours première de classe. Je devins seulement la risée de cette petite école primaire car il m'arrivait d'uriner durant une crise et de manifester des comportements incontrôlables et incontrôlés puisque j'étais totalement inconsciente l'espace de quelques minutes.

 

Je me souviens seulement d'un jour, où, dans une semi-inconscience caractéristique à ces crises, j'ai mis les pieds dans une poubelle en plastique ajouré qui trônait dans la classe. J'avais aussi perdu ma culotte... Hilarité totale dans les rangs évidemment.

 

A compter de l'identification de mes malaises, ma belle-mère a tout fait pour se déculpabiliser.

 

Les neurologues ne comprenant absolument pas comment, en faisant autant de crises (parfois 10 par jour), je n'avais rien d'apparent au cerveau qui justifie l'ampleur de ces malaises (une infime partie du lobe temporal droit était atteinte)... Ils en déduirent que j'étais trop stressée, trop anxieuse et tentèrent de comprendre mon mal-être.

 

C'est à ce moment que ma belle-mère invoqua l'alcoolisme de mon père, celui de ma mère (tant qu'à faire !) Subitement, ce fut comme si elle avait connu ma Maman, alors qu'elle refusait de m'en parler car "elle ignorait quelle femme elle était" ! Et pour clore le tableau, "ma mère avait fumé pendant la grossesse".

 

Bref, c'était donc la faute de ma mère si j'étais ainsi...

 

Jamais je n'ai pu supporter qu'elle salisse l'image de ma Maman dans mon esprit. Je pouvais tout accepter, mais ça, non !

 

Mais que faire, que dire ? C'était la gifle et les pires "répliques" à chaque fois.

 

J'étais donc "une tarée"...  Pour reprendre ses termes.

 

Lorsque j'étais au plus mal, éprouvant sans cesse le besoin de boire un verre d'eau tant mes troubles étaient bizarres (des crises d'angoisse que je ne cernais pas à cette époque), elle me disait : "tu es bien la fille de ton père, toujours à boire !".

 

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Je me consolais avec ma petite chienne.

 

Laquelle, quelques temps après, déclara un comportement étrange.

 

Elle se plaçait brusquement sous un meuble, toujours le même, le meuble tremblait et j'essayais désespérément de déloger ma chienne de cet endroit...

 

Lorsque je parvenais à la "récupérer", elle tremblait, mettait un certain temps avant de retrouver un comportement normal.

 

Une visite chez un vétérinaire s'imposa alors.

 

A la description de cet étrange comportement, le vétérinaire fut catégorique :

 

- Ma chienne était épileptique... Elle aussi !

 

Seule solution aux yeux de ma belle-mère : l'euthanasie.

 

Ce fut "chose faite" immédiatement avec l'approbation du vétérinaire.

 

Je revois encore cette table blanche sur laquelle on avait posé ma petite Coquette, ma belle-mère qui la tenait avec le vétérinaire, et la piqûre fatale...

 

En dehors de cet acte que je considérais de barbare, je me suis alors demandé si ce n'est pas ce qu'elle aurait souhaité pouvoir faire avec moi.

 

Me piquer, se débarrasser de cette belle-fille encombrante que je représentais à ses yeux.

 

Que ma chienne soit subitement devenue épileptique n'était à mon sens pas "innocent"...

Les chiens ont un ressenti exacerbé et ma belle-mère ne devait pas être étrangère à tout cela.

 

Il me fut de toutes façons confirmé à maintes reprises par des professionnels de la santé - tous corps confondus - que même si j'avais une prédisposition à déclarer un jour l'épilepsie (ce que tout le monde a), cette femme était bien la responsable de mon état neurologique.

 

 

 

 

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  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

Nostalgie de l'enfance

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