Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 11:26

44) LE DEBUT D'UNE BIEN LONGUE EPREUVE

 

 

 

En ce jour d'Octobre 2008, rien ne me laissait imaginer tout ce que "cachait" encore cette femme détestable, dont je croyais pourtant connaître les multiples aspects.

 

Mon mari et moi arrivâmes donc à la morgue, à l'hôpital où elle se trouvait, et où était déjà mon cousin. 

 

Le corps de ma belle-mère "reposait" là. Visage blême, dont je reconnus bien sûr les traits, même après 19 ans. Morte elle paraissait aussi froide qu'auparavant. 

 

Mon mari, pour sa part, la voyait pour la première fois seulement. Il fut très troublé par la vision de cette femme, dont il me confia après qu'un défunt présente rarement un visage aussi "inexpressif".

Il peut, en effet, parfois garder un soupçon d'expression. Mais pour elle, rien. 

 

Je tentai néanmoins d'en savoir davantage sur cette mort pour le moins étrange. 

Il me fut possible de contacter son médecin traitant et celui qui avait examiné le corps de ma belle-mère à son arrivée à l'hôpital.

 

Le premier m'annonça qu'elle était régulièrement en proie à des crises de délire depuis quelques années. Selon lui "elle n'avait plus toute sa tête" et incurgitait de fortes doses d'anxiolytiques et autres médicaments pour certaines pathologies chroniques. Il n'avait cependant trouvé aucun moyen de prendre les dispositions qui auraient été nécessaires à son état, compte tenu de son tempérament.

 

Le second médecin m'indiqua que le fait qu'elle soit tombée sur le dos, à moitié nue sur un carrelage froid, aurait vraisemblablement provoqué un choc au niveau de la colonne vertébrale, ayant occasionné une réaction au cerveau. Ce qui pourrait expliquer l'état comateux dans lequel les pompiers l'avaient retrouvée. Mais aucun éclaircissement quant au fait qu'elle ait été près de sa porte d'entrée, presque nue... Personne ne pouvait témoigner de quoi que ce soit.

 

Après avoir envisagé plusieurs hypothèses, l'heure n'était plus à songer à comprendre, mais à faire retirer le corps de ma belle-mère de la morgue, le plus vite possible.

Le responsable nous l'avait bien fait comprendre. 

 

Mon cousin et moi décidâmes de nous occuper ensemble de l'organisation des funérailles.

 

En attendant, il me fallait, comme prévu, me rendre au domicile de ma belle-mère pour le rendez-vous pris avec la société de désinsectisation.

 

Mon cousin rejoignit l'école dont il assurait la direction, je passai prendre sa mère - la soeur de ma belle-mère - avec laquelle j'avais convenu qu'elle soit présente avec moi dans cette maison.

 

Arrivés face à cette habitation, située dans un petit lotissement pour personnes âgées, près de Denain, ce fut pour moi la résurgence de souvenirs bien pénibles.

Le camion de la société de désinsectisation arriva. Ma tante remit les clés à notre interlocuteur (trousseau que les pompiers avaient trouvé sur la serrure, à l'intérieur, en forçant la porte).

 

Deux autres personnes nous remirent deux équipements qu'ils nous firent endosser dans la rue, à ma tante et à moi.

Tous les voisins étaient à leur porte. D'autres à la fenêtre. Regardant cette scène, comme s'il s'agissait de la seule attraction de ce petit village.

 

En enfilant la combinaison de protection ainsi que les bottes, et en laissant l'un des spécialistes m'aider à y ajouter un film plastifié représentant une double protection, ainsi que des élastiques au niveau des mollets, je regardai ma tante qui faisait de même, et je lui dis :

 

- "Décidément, elle nous aura tout fait !".

 

Ma tante me répondit :

 

- "Nous voilà bien maintenant avec ça".

 

Avant de me munir du casque pour entrer avec ma tante, je regardai mon mari qui me dit :

 

- "Courage. C'est un mauvais moment à passer".

 

Nous entrâmes dans cette maison, nous mettant en quête de trouver au moins les papiers personnels de ma belle-mère, le fameux sac introuvable, afin d'avoir en mains tout ce qui me permettrait de procéder aux formalités de son décès.

 

Ma tante me mit sur une "piste" en me disant :

 

- "Je crois que c'est là qu'elle mettait son sac, mais je ne suis pas venue depuis longtemps tu sais".

 

J'ouvris un placard, mais aucun sac à l'intérieur, si ce n'est des vêtements...

Nous fîmes le tour de cette maison de plain-pied. Il y régnait un certain désordre. Inhabituel pour moi qui avais connu ma belle-mère si méticuleuse...

Je me rendis avec ma tante, dans la salle à manger, puis dans la chambre, nos recherches s'orientèrent vers les tiroirs des meubles. Et finalement, ma tante trouva un porte-feuilles. A l'intérieur, les papiers personnels de ma belle-mère. Près de là, dans ce même tiroir, son livret de famille.

 

Nous avions donc l'essentiel. Je n'avais qu'une hâte, sortir de ce lieu, effectivement envahi d'insectes.

 

A notre "retour" près du camion, la suite des opérations eut lieu.

 

Le responsable nous dit :

 

- "Nous allons maintenant placer les fumigènes. Attendez-nous, quelqu'un va vous aider à ôter votre équipement. Mais il vous faudra patienter 24 heures avant de pouvoir à nouveau pénétrer dans les lieux".

 

Depuis l'extérieur, nous entendîmes plusieurs retentissements. Les fumigènes qui explosaient à divers endroits dans l'habitation, certainement.

Je n'avais jamais vu cela. J'avais l'estomac retourné. Une angoisse m'envahit, mais je tentai de me contrôler.

 

Les opérations terminées, le responsable s'adressa à moi - comme si c'était une évidence - et me dit :

 

- "Voilà, c'est terminé. Je vous établis une facture, c'est 160 euros".

 

Ma tante ne broncha pas.

 

A cet instant je compris que tout m'incomberait. Je sortis mon carnet de chèque du sac que mon mari tenait en mains et je réglai la facture.

 

J'avais été rejetée durant 19 ans par une femme dont la soeur se trouvait près de moi, mais ce fut moi qui régla les frais de cette intervention. Et ceci, sans que l'on me propose jamais de me rembourser.

 

-:-:-:-:-

 

Ceci terminé, ma tante me proposa, ainsi qu'à mon mari, d'aller déjeuner chez elle.

 

Je connaissais bien la ferme qu'elle habitait. J'y avais plusieurs fois passé quelques jours lorsque j'étais adolescente.

Là, je me sentais plus apaisée.

 

Dans l'après-midi, je me rendis à la mairie afin de déclarer le décès de ma belle-mère, ainsi que dans la seule et unique agence de pompes funèbres de ce petit village.

Je leur demandai de retirer le corps de la morgue afin de le déposer au funérarium dans l'attente des funérailles.

 

Je leur donnai les coordonnées téléphoniques de mon cousin, ainsi que le numéro de mon téléphone portable.

 

La dame qui m'accueillit me dit :

 

- "Vous êtes la cousine de "C.". Nous le connaissons bien, il est adjoint au maire. Nous avons entendu parler du décès de votre belle-mère. C'est une drôle d'histoire. Nous allons nous en occuper".

 

Tout ceci avait, manifestement, déjà fait le tour du village.

 

Avec cette dame, je convins de revenir rapidement avec mon cousin, afin que nous prenions toutes décisions communément.

 

C'est alors qu'elle me demanda :

 

- "Est-ce-qu'elle avait une assurance-décès ?".

 

Je répondis que je n'en savais rien. Je ne pouvais être en mesure de répondre à de telles questions. Mon cousin en savait peut-être davantage. Et encore... Qui pouvait bien être au courant de ses affaires ? Elle ne voyait plus personne.

 

Néanmoins, son habitation étant louée par un bailleur social, je pris contact avec cette société pour signaler son décès.

 

Ma correspondante me demanda à quelle date le logement pouvait être rendu libre d'occupation.

 

Je fus donc contrainte d'expliquer la situation :

 

- les puces, la désinsectisation, le fait que j'allais retourner vérifier l'état du logement après l'intervention de la société spécialisée, etc...

 

Mais la seule chose qui préoccupait mon interlocutrice c'était cette sempiternelle question, qu'elle me reposa au moins 20 fois en quelques jours :

 

- "Quand récupérons-nous les clés ? Quand débarrassez-vous le logement ?".

 

C'en fut au point que mon cousin s'en mêla pour lui signifier de cesser de me harceler de la sorte.

 

En fin de journée, dès le retour de mon cousin et de son épouse de leur lieu de travail, je me rendis une nouvelle fois à l'agence des pompes funèbres.

Mon cousin m'accompagna.

 

Le corps de ma belle-mère y avait été transféré. On nous signala qu'elle avait encore des puces, mortes, dans les oreilles... Ce que nous constatâmes effectivement. 

 

Nous discutâmes des soins à prodiguer avant la mise en bière, du jour des funérailles, du lieu d'enterrement, du choix du cercueil, des faire-parts, et tout ce à quoi on ne pense que si l'on est confronté à une telle situation.

 

Jamais, en effet, je n'avais eu à m'occuper des funérailles de quiconque jusqu'alors. J'en avais connus et vus des enterrements. Mais qui aurait imaginé que ce soit moi qui organise celui de cette femme ?

 

Mon cousin croyait savoir que dans le caveau de famille (celui des parents de ma belle-mère), notre grand-père avait prévu quatre places.

Tous deux étaient décédés, ils étaient enterrés dans un petit village jouxtant celui qu'habitait ma belle-mère. A charge pour nous de faire vérifier si ce caveau contenait encore deux places.

Mais la difficulté ne s'arrêtait pas là :

 

- Les soeurs étaient trois : ma belle-mère, la maman de mon cousin, et une troisième femme, malheureusement atteinte d'un léger handicap mental.

Ma belle-mère s'étant fâchée, aussi, avec elle, il nous fallait lui annoncer ce décès et lui demander l'autorisation de faire enterrer sa soeur avec ses parents.

 

Cette femme, âgée d'un peu plus de 70 ans (la plus jeune des trois filles), habitait la maison des parents. Maison qu'elle n'avait jamais quittée puisqu'elle était restée célibataire. Elle était, de surcroît, sous la tutelle administrative et financière de mon cousin ! Le pauvre homme avait une lourde charge encore depuis bien des années.

 

Nous allâmes donc, mon cousin, mon mari et moi, voir ma tante.

 

Là aussi ce furent des souvenirs de mon enfance qui me revienrent en mémoire.

Dans cette maison j'avais passé certaines vacances entre l'âge de 8 et 11 ans environ, avec ces grands-parents maintenant décédés qui m'y avaient toujours bien accueillie.

Ma tante, je m'en souvenais bien. Elle était toujours assise sur une chaise, se balançant d'avant en arrière. Peu bavarde.

J'avais très vite senti que cette femme avait un problème. Dont jamais personne ne parlait cependant.

 

Mon cousin, qui disposait des clés, sonna. Ma tante arriva :

 

- "Ah... C'est toi...".  Puis elle tourna son regard vers moi, sans me reconnaître.

 

Mon cousin lui dit alors :

 

- "C'est "C" et son mari. Nous venons pour te parler de tante "C"".

 

Elle fronça les sourcils et répondit :

 

- "Qu'est-ce-qu'elle me veut encore celle-là ?".

 

Mon cousin lui expliqua la raison de notre présence.

 

Ma tante, un peu abasourdie quand même, nous dit :

 

- "Mettez-la où vous voulez, l'essentiel c'est qu'elle nous laisse en paix".

 

Voilà qui avait le mérite d'être clair. Et cela nous permit de poursuivre nos démarches. 

 

-:-:-:-:- 

 

La soirée approchait. Mon cousin nous proposa de rester dîner chez lui et son épouse.

 

Je m'entendais très bien avec sa femme. Je crois que, finalement, le fait de nous retrouver nous donna à chacun l'énergie nécessaire pour affronter cette épreuve.

Et durant toutes les journées qui suivirent nous fûmes très solidaires.

 

Chez mon cousin, le téléphone n'arrêta pas de sonner.

 

Son frère bien sûr était au courant. Il était de mon âge (48 ans à cette époque). En instance de divorce depuis quelques années, il avait trois enfants et vivait depuis peu avec une dame médecin généraliste que je ne connaissais pas.

 

Avec cet homme, j'avais toujours eu moins d'affinités. D'un tempérament plus "rieur", semblant tout prendre à la légère, il était ingénieur agronome et n'avait suivi cette voie que pour rester, à sa façon, au contact de la terre. Mais il ne m'était pas désagréable. Nous étions en très bons termes.

 

Son épouse (puisque tel était toujours le cas, même s'ils étaient séparés), s'entendait très bien avec ma belle-mère. Elles avaient toutes deux le même caractère : très matérialistes, du genre à toujours vouloir que tout aille dans leur sens. Impossibles à vivre de par leurs exigences.

Cette femme avait d'ailleurs, elle aussi, traumatisé ses deux filles à force de vouloir les éduquer sévèrement. Son fils, plus jeune, était devenu un adolescent très rebelle et vivait avec son père.

Ce divorce durait depuis près de cinq ans. Elle revendiquait la maison que son mari et elle avaient fait bâtir, mais ni l'un ni l'autre ne voulait céder.

Tout était dans les mains d'un avocat et cette femme s'était aussi mis à dos l'ensemble de la famille de mon cousin.

 

Si j'évoque mon second cousin, ce n'est guère anodin. Car sous son apparence "détachée" de l'évènement que nous vivions tous, cet homme cachait certaines choses que j'étais seule à ignorer bien sûr.

 

La "nouvelle" du décès fit rapidement le tour de la famille et je vis ainsi réapparaître des personnes qui, selon ma cousine, ne se manifestaient plus depuis très très longtemps...

 

Chacun sait que lors d'un décès, il y a toujours ceux qui s'occupent du défunt et d'autres qui attendent... Attendent quoi ?

 

Je dus me rendre à la banque de ma belle-mère, avec mon cousin bien entendu, pour clôturer son compte et tenter de savoir si elle disposait d'un contrat obsèques.

 

Nous fûmes reçus par son conseiller financier.

 

Comment imaginer que cette femme "coupée du monde" pouvait avoir un conseiller financier ?

 

Et pourtant, après que nous eûmes tous deux décliné notre identité (mon cousin, par pure formalité et moi car j'étais bien sûr "celle qui arrivait de nulle part"), ce monsieur fit copie de nos cartes d'identité et vérifia le livret de famille que j'avais pris soin d'apporter.

 

Il consulta son écran d'ordinateur et il nous dit :

 

- "Vous allez devoir passer devant notaire avant que je puisse faire quoi que ce soit".

 

Mon cousin me regarda, l'air interloqué. Il en fut de même pour moi qui ne comprenais rien.

 

Ma belle-mère ne disposait, à notre connaissance, d'aucun bien immobilier.

 

Cet homme ajouta :

 

- "Les sommes dont elle dispose étant supérieures à 500 000 euros, vous êtes contraints de faire intervenir un notaire. Mais elle a un contrat obsèques et cet argent là je peux le débloquer. Le contrat vous permet de disposer de 4 000 euros. Il vous suffit de me faire adresser les factures et je règlerai les frais d'obsèques".

 

C'était pour moi l'essentiel : pouvoir organiser les funérailles et après c'en était fini. Je n'avais plus rien à voir avec cela.

 

Mais mon cousin et le banquier ne l'entendirent pas de cette oreille.

 

Mon cousin me dit :

 

- "Tu dois venir avec moi chez ce notaire".

 

Je répondis :

 

- "Mais elle m'a reniée durant près de 20 ans, je ne vois pas ce que j'irais faire chez un notaire".

 

Le banquier abonda dans le sens de mon cousin en me disant :

 

- "Vous êtes sa belle-fille, vous devez en effet vous rendre chez cet homme de loi dont j'ai le nom. Je vous donne ma carte avec mes coordonnées. Appelez-moi si vous avez le moindre problème".

 

J'étais prise au piège. Et à quel piège !

 

 

-§-§-§-

 

Par pourquoi-taire.over-blog.com - Publié dans : Les méandres de la vie - Communauté : trop dure la vie....
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  • pourquoi-taire.over-blog.com
  • La poupée et le chien
  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

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