Les méandres de la vie

Mardi 16 novembre 2010 2 16 /11 /Nov /2010 16:33

42) ENTRE JOIES ET "MALEDICTIONS"

 

Notre arrivée à Paris nous permit de décompresser quand même un peu, dans la mesure où ce fut une véritable découverte pour mon mari. Il manifesta un grand engouement pour les visites des sites les plus réputés, découvrit avec plaisir l'avenue des Champs Elysées et les bords de Seine...

 

Nous nous offrîmes ce plaisir d'un dîner en amoureux sur une péniche circulant la nuit au fil de l'eau...

 

Il me sembla le "retrouver" tel que je l'avais connu. Ce séjour s'avéra bienfaiteur malgré cette ombre au tableau que représentait la maladie de ma belle-soeur.

Mais les nouvelles que nous en avions n'étaient pas spécialement alarmantes. La chimiothérapie suivait son cours.

 

En rentrant, nous fîmes une halte à Chantilly pour visiter le château, son parc et les écuries (malheureusement fermées ce jour là). Mais nous fûmes enchantés par la découverte de ce lieu, certes moins grandiose que Versailles, mais qui nous charma particulièrement.

 

Connaissant les goûts de ma belle-soeur et son attrait pour la lecture, j'achetai pour elle le livre relatant l'histoire de Chantilly et de son château. Mon idée m'était venue en considérant qu'elle aurait tout loisir de le lire, son état nécessitant le repos presque complet.

 

Il s'avéra que le jour de notre retour, elle séjournait à l'hôpital de Bruxelles pour quelques jours. Nous passâmes donc d'abord lui rendre visite avant de rentrer chez nous.

 

Arrivés dans sa chambre nous la trouvâmes, certes amaigrie, mais elle avait le sourire et semblait se montrer forte face à cette épreuve.

 

Une dame était hospitalisée près d'elle. Elles paraissaient bien s'entendre toutes les deux.

 

Après avoir pris quelques nouvelles de son état, je lui tendis le cadeau que nous avions ramené de notre séjour. Elle ouvrit le paquet, vit le livre et je sentis que quelque chose n'allait pas.

 

Elle me regarda et me dit : "Ma chérie, c'est vraiment gentil de ta part tu sais, mais je ne saurai pas le lire, je n'en ai plus la force".

 

Je compris, à cet instant, que cela ne lui correspondait pas. Jamais elle ne m'aurait dit cela en temps normal. Mais ce n'était plus "le temps normal".

 

Quelques temps après, nous allâmes la voir à son domicile. Elle avait été opérée. Les médecins semblaient tenir des propos rassurants.

 

Mais la douleur dans le ventre persistait. Elle s'en plaignait.

 

Un jour elle nous montra sa plaie. Je constatai, à mon sens, une légère infection, mais je ne compris pas car une infirmière venait chaque jour à son domicile refaire le pansement, ainsi qu'une piqûre puisqu'elle avait aussi déclaré une phlébite.

 

Je me permis de lui dire gentiment qu'il me semblerait plus prudent de consulter à nouveau le chirurgien ou un spécialiste à l'hôpital.

 

Elle eut une réaction assez violente qui m'étonna particulièrement. Elle ne m'avait jamais parlé comme cela.

 

Ce jour là nous retournâmes chez nous, sans qu'il y ait cependant de "brouille" entre ma belle-soeur et moi.

 

C'est tout au moins ce que je croyais, car un jour où je tentai de la joindre chez elle, ce fut son mari qui décrocha (ce qui arrivait rarement). Je demandai des nouvelles de son épouse. Il me répondit qu'elle ne voulait plus m'entendre au téléphone. Je lui passai donc mon mari en pleurant.

 

Elle m'avait là véritablement blessée dans la mesure où je ne compris pas sa réaction. Elle ne voulut me donner aucune explication, ni même à son frère d'ailleurs.

 

A compter de ce jour d'Avril 2008, elle refusa tout contact avec nous.

Mon beau-frère dut se rendre à l'évidence qu'elle n'était plus la même, mais se plia à son exigence de rompre le lien qui nous unissait.

 

Nous perdîmes donc ce couple, pourtant dans la détresse morale, et cela m'affecta profondément.

 

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Mon mari ayant eu, durant l'année 2007, l'idée de m'inscrire sur un forum médical afin que je tente d'aider les personnes épileptiques, je me lançai à corps perdu dans cette "activité". Je m'étais créé "involontairement" un petit cercle d'habitués qui me prirent en amitié et recherchèrent de plus en plus les pistes que je pouvais leur donner pour gérer au mieux cette maladie, que je gérais moi-même depuis quarante ans.

 

Je fus la cible d'une femme, manifestement jalouse de mes contacts avec un homme qu'elle convoitait sans doute.

 

Je pris donc mes distances face à cela et changeai de lieu d'intervention. Il y avait sur ce forum une salle de discussions "détente". Je tentai donc de m'y intégrer, avec la ferme intention de me changer les idées.

 

Mais un homme m'interpella en messagerie privée. Il s'agissait d'un médecin, épileptique lui aussi, qui me fit part de son agréable étonnement à la lecture de mes messages sur ce forum. 

Or, j'avais cessé depuis peu mes interventions et ne comptai pas recommencer.  Il demanda à entamer un contact par boîte mails. J'acceptai.

 

Cela fit réagir mon mari qui soupçonna chez mon interlocuteur une volonté de me "draguer" (pour reprendre son terme). Soupçon qu'il portait sur chaque homme de mon entourage, ou sur chaque personne du sexe masculin qui m'approchait en quelque lieu que ce soit.

 

Cela devint franchement insupportable. Je me sentis épiée, et en proie à une jalousie constante que je ne pus canaliser que très difficilement.

 

Mais, néanmoins, je maintins mon contact avec ce médecin. Il me vouvoyait, était très correct envers moi. Il ne m'avait d'ailleurs jamais demandé mon numéro de téléphone. Notre discussion n'avait lieu que sur boîtes mails interposées. Il me parla même de son épouse et de ses enfants.

 

Je n'avais vraiment rien à craindre de cet homme qui avait cessé d'exercer dans la mesure où son état de santé ne le lui permettait plus. Il ne me cacha d'ailleurs pas à quel point il était affaibli par la maladie, à 60 ans environs. Mon mari se fit une raison de cette relation.

 

J'avais également fait la connaissance d'une femme âgée d'une cinquantaine d'années. Nos contacts sur ce forum étaient agréables. Tout cela me changea les idées et me fit grand bien.

 

Entre-temps, nous continuions à voir mes enfants. Mon plus jeune fils m'avait annoncé sa rupture avec son petit ami. Il s'était beaucoup confié.

Je tentai de le consoler au mieux, tout en comprenant que son ex-ami était animé d'un souci de "briller". Agé de trois ans de plus que mon fils, partageant la même école de danse, il n'avait pas supporté que la directrice souhaite que mon fils intègre le cours dit "master", alors qu'il était réservé aux plus avertis. Son talent l'avait amené à être mis en avant sur scène lors des spectacles. Son ex-petit ami ne pouvait l'admettre.

 

Cela avait nui à leur relation et provoqué la séparation.

Mon fils avait, heureusement, conservé son indépendance et était resté dans son appartement, ce qui n'occasionna aucun souci de ce point de vue là. 

 

 

De mon côté, les échanges avec cette dame, rencontrée sur ce forum et habitant la région Bordelaise, se renforcèrent, au point qu'elle me proposa de nous rencontrer durant l'été en Provence.

 

Elle y séjournait quelques temps avec son mari sur leur bateau. Nous louâmes, mon mari et moi, un gîte à proximité de la capitainerie de leur port d'attache.

 

Ce couple, en retraite (lui âgé de 60 ans et elle en retraite pour invalidité), partait chaque année quelques mois en bateau. Cette année là ils voguaient sur le canal du midi en passant par le Rhône... Un périple durant lequel ils séjournaient une ou deux semaines au même endroit.

 

En Juillet 2008, nous partîmes donc près de Salon de Provence, dans un gîte avec piscine.

Une petite folie, certes, mais l'envie d'en profiter était là. J'avais également besoin de contacts, mon mari se renfermant de plus en plus sur lui-même depuis que sa soeur ne souhaitait plus nous entendre.

 

Ces vacances furent agréables, nous découvrîmes de très beaux sites dans cette région du Sud-Est de la France, à quarante kilomètres de Marseille environ.

En quinze jours, nous passâmes quelques journées avec nos amis. Des repas dans notre gîte, ou sur leur bateau, ou au restaurant. Des visites en commun, ou chacun de notre côté aussi. Et une journée entière à sillonner le petit Rhône sur leur bateau, jusqu'en Camargue.

Mon mari s'adonna à la "conduite" de ce bateau de 9 mètres de long, sous l'oeil avisé de notre ami, pendant que je discutai avec son épouse... Nous devinrent assez rapidement proches. Tout se passa à merveille. Mon mari fut enchanté de ce séjour et de cette amitié naissante. Il se sentait, de son côté, beaucoup d'affinités avec cet homme à peu près de son âge, très cultivé et d'humeur joviale.

 

Pendant que ce couple continua son périple en bateau, prévu jusqu'en Octobre, nous rentrâmes chez nous après quinze jours d'un total dépaysement.

 

Nous étions donc en Août 2008.

  

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De retour à la maison, nous trouvâmes dans notre courrier une lettre qui m'était spécialement adressée, l'adresse écrite à la main m'intrigua. Je ne reconnus pas l'écriture. Aucun expéditeur n'était mentionné au dos de cette correspondance.

 

J'ouvris ce courrier et découvris qu'il émanait de ma belle-soeur.

 

A la lecture de cette missive je fus emplie d'émotion, en constatant qu'il s'agissait d'une lettre m'expliquant les raisons de sa réaction brutale à mon égard. Elle s'en excusait et réclamait ma compréhension, mon retour vers elle, tout en indiquant qu'elle reconnaissait sa méchanceté et comprendrait parfaitement que je ne veuille pas rétablir ce contact. Elle ajoutait en guise d'explication qu'elle était à ce moment là très mal, qu'elle cachait sa peur de la maladie et s'en était prise à la personne qu'elle affectionnait le plus. Sans toutefois pouvoir en déterminer les raisons.

 

Je fis lire la lettre à mon mari, qui n'en revint pas... Connaissant le caractère de sa soeur, peu encline à ce genre de propos, de nature fière et orgueilleuse, reconnaissant difficilement ses torts, il me dit alors :

 

- "Pour t'écrire cela, c'est vraiment qu'elle t'aime beaucoup et qu'elle est malheureuse".

 

Il me laissa juge de ma réaction.

 

Sans hésiter un instant, je pris le téléphone pour appeler ma belle-soeur.

 

En entendant ma voix elle me dit immédiatement :

 

- "Tu me pardonnes ?".

 

Emue et touchée, je lui répondis :

 

- "Même si tu m'as vraiment fait mal, bien sûr que je te pardonne. Je t'aime beaucoup tu sais. Je n'ai pas compris ta réaction, j'en étais malheureuse car je l'ai ressentie comme une injustice. Je ne cherchais que ton bien. Comment vas-tu ?".

 

Elle m'expliqua que son état ne s'améliorait pas vraiment. Qu'elle souffrait en fait davantage des effets secondaires de la chimiothérapie, mais qu'elle tentait de faire face au mieux... Pour son fils.

 

Cette femme n'avait jamais accepté le handicap de son enfant, dont la raison reste et restera toujours un "mystère".

 

Mon mari se souvenait d'une version, jamais "officialisée" néanmoins :

 

Etant nourrisson, cet enfant serait tombé de la table à langer sans que son père, présent près de lui, puisse éviter la chute.

 

A l'époque, une consultation immédiate n'avait donné lieu à aucun diagnostic alarmant. Mais quelques jours après, un kyste était apparu au niveau de la tête. La suite était celle que nous connaissions : un lourd retard mental et une déficience motrice.

A 51 ans, cet homme avait l'âge mental d'un enfant de 9 ans.

Un drame pour les parents. Et manifestement une cassure dans ce couple qui continuait à vivre tant bien que mal... L'une en voulant à l'autre, et l'autre s'en voulant à lui-même, culpabilisant sur ce fait dont il n'était pourtant pas responsable. 

 

J'avais bien senti chez ma belle-soeur que sa vie tournait autour de ce garçon qu'elle couvait comme on couve encore un bébé, bien qu'elle ait dû le placer tant son état était difficile à gérer.

 

Elle ne vivait que dans la hantise de disparaître avant lui... "Qui s'occupera de lui ? Comment s'en sortira-t'il ? Mon mari ne saura jamais faire face...".

Ce leit motiv je l'entendais depuis que je la connaissais.

 

Et de mon côté, je ne pouvais être insensible à cela. Son fils je l'appréciais beaucoup et - à sa manière - il me le rendait bien.

Il aimait beaucoup mon mari aussi. Tous réunis nous passions souvent de très bons moments.

 

Cette réconciliation avec ma belle-soeur m'apaisa beaucoup, même si je la savais très gravement malade. Nous reprîmes nos contacts comme si rien ne s'était passé. Ses séjours à l'hôpital se poursuivirent, mais l'espace d'une journée seulement chaque mois.

 

Nous approchions tranquillement du mois d'Octobre 2008. Nous avions gardé d'excellents contacts avec nos amis de Bordeaux, j'étais toujours en relation avec ce médecin sur internet.

 

Seuls nos anciens amis, géographiquement plus proches, se faisaient toujours silencieux depuis l'A.V.C. de mon mari.

Je n'entendais plus non plus mon cousin et son épouse, mais je les savais très occupés. Tous deux étant dans l'enseignement.

 

Cette année 2008 aurait néanmoins pu se terminer agréablement, si un évènement totalement inattendu n'était venu tout perturber...

 

 

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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 14:42

43) L'IRONIE DU SORT

 

 

 Le téléphone sonnait très rarement à la maison. La seule personne avec laquelle j'avais des conversations régulières, c'était cette amie de Bordeaux,qui s'était visiblement beaucoup attachée à nous.

 

En dehors de cela, j'appelais ma belle-soeur au moins une fois par semaine. Je veillais toujours à son "calendrier" de séances de chimiothérapie qui la fatiguaient beaucoup.

 

Mes enfants ne nous perdaient pas de vue, mais "fidèles à eux-mêmes" n'appelaient guère souvent.

 

Tout était plus calme à la maison... Quand soudain, le 12 Octobre 2008, la sonnerie du téléphone me surprit à une heure assez matinale.

 

J'entendis la voix de mon cousin qui me dit :

 

- "Bonjour, tu dois bien te douter que si je t'appelle ce n'est pas pour t'annoncer une bonne nouvelle ?".

 

Peu habituée à l'entendre en effet, je lui demandai ce qui se passait. J'étais vraiment aux antipodes de ce qu'il allait m'annoncer.

 

- "On a retrouvé ta belle-mère ce matin, allongée chez elle, semi-comateuse, les pompiers l'ont emmenée à l'hôpital, la situation est grave".

 

Après 19 années passées sans l'avoir vue, étant donné son rejet total vis-à-vis de moi et de mes enfants, je répondis à mon cousin :

 

- "J'arrive".

 

Il me dit, l'air abasourdi :

 

- "Tu viens ?",

 

- "Evidemment, je viens, je ne vais quand même pas t'en laisser la charge. Je sais qu'elle ne veut plus me voir, mais je ne veux pas te mettre dans l'embarras tu en as suffisamment vu toi aussi".

 

- "Je te remercie vraiment. Elle a été transférée à l'hôpital de Denain. Je t'attends là-bas".

 

Sans même demander l'avis de mon mari, je décidai donc de partir. Sans savoir ce qui m'attendait...

 

Mon mari m'accompagna, soucieux de ma réaction compte tenu de ce qu'il savait de mon passé avec cette femme.

 

Arrivée à l'hôpital, je demandai où se trouvait Mme L.

 

L'hôtesse d'accueil m'indiqua l'étage et le service. Sans me donner de numéro de chambre.

 

Troublée par l'intitulé du service, mon inquiétude s'accentua. Mais que pouvait-il donc bien être arrivé ?

 

Dans le couloir du service, je vis mon cousin et son épouse.

 

Mon cousin m'expliqua alors :

 

- "Elle est comateuse, on ne peut pas la voir, elle a dû subir une désinsectisation, elle était couverte de puces et il y en a encore. Il y a donc interdiction de l'approcher".

 

Affolée en même temps qu'abasourdie, je lui dis :

 

- "Mais qu'est-ce-que c'est que cette histoire ? Qui l'a trouvée comme ça ?".

 

- "C'est son aide-ménagère, elle a trouvé la maison volets fermés ce matin. Elle a sonné, personne n'a répondu. Elle est donc allée voir le voisin qui lui a donné mon nom et a cherché mon numéro de téléphone. Comme je suis adjoint au maire il me connaît et a cru qu'elle pouvait me joindre comme cela. Et lorsqu'elle m'a appelée, je lui ai répondu que je n'avais pas les clés de cette maison étant donné que ta belle-mère ne voulait plus voir personne. Je lui ai conseillé d'appeler les pompiers".

 

Cette histoire me paraissait bien étrange... Je continuai d'écouter mon cousin qui n'en avait pas fini de ses explications.

 

- "Quand les pompiers sont arrivés, ils sont allés voir à l'arrière de la maison, ils ont frappé au carreau. N'obtenant pas de réponse, ils ont forcé la porte et l'ont retrouvée inanimée juste à l'entrée, allongée sur le carrelage. Elle était à moitié nue, sa baignoire était remplie d'eau, elle sortait donc de son bain. Mais la maison est envahie de puces et elle en était couverte. On ne sait pas ce qui s'est passé".

 

Tout cela ressemblait à de la fiction. Evidemment, je croyais mon cousin, comment pouvait-il en être autrement puisque nous étions là, dans cet hôpital, face à une chambre interdite d'accès, dans un service dont je ne savais même pas qu'il existait ! (Un service normalement destiné à recevoir les personnes revenant de pays susceptibles de propager les maladies infectieuses).

 

Mais j'avais besoin de comprendre... "maison envahie de puces, femme couverte de puces"... Elle qui m'avait torturée pendant des années pour que la maison soit propre, qui m'avait battue si souvent pour le moindre grain de poussière, et qui n'avait jamais supporté que mon fils aîné puisse faire tomber une miette sur le sol !

 

Non, là c'en était trop... C'était le comble de la situation et toutes mes années de souffrances défilèrent en un quart de seconde dans mon esprit.

 

Ma cousine me dit alors :

 

- "Et tu verrais la maison dans quel état elle est, c'est épouvantable. On n'a même pas le droit d'entrer, les pompiers ont tout fait bloquer. Il paraîtrait qu'elle avait recueilli un chat et que c'est lui qui aurait amené les puces".

 

Ma première réaction fut de dire :

 

- "Mais cette aide-ménagère, elle venait quand ? Toutes les semaines ?".

 

- "Deux fois par semaine" me répondit ma cousine.

 

- "Et elle n'a jamais rien constaté d'anormal. Des puces ça ne prolifère pas sans qu'on s'en aperçoive. Elle n'est pas claire cette femme.".

 

Ma cousine me répondit :

 

- "C'est la question que je me suis posée. J'ai voulu l'appeler, elle me dit qu'elle ne sait pas me répondre. Qu'elle n'a pas d'explications. Elle me paraît bizarre".

 

Non, décidément, tout cela ne tenait pas la route. La seule personne qui la voyait encore - cette aide-ménagère en l'occurrence - refusait de répondre aux questions de la famille. C'était vraiment invraisemblable.

 

Nous ne sommes restés dans l'hôpital que le temps de rencontrer une autre personne : l'ex-épouse du frère de mon cousin.

Elle travaillait dans cet établissement dans le service "radiographies" et avait tenté de voir les médecins.

 

Elle nous confirma que l'on avait tenté de procéder à une radiographie pour vérifier s'il y avait cassure(s) éventuelle(s) suite à la chute, mais que cela s'était avéré impossible dans la mesure où ma belle-mère était infestée de puces.

 

Aucun autre soin ne pouvait donc être dispensé tant que le produit nécessaire à tuer ces insectes n'avait agi totalement.  Il nous fallait donc attendre.

 

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Mon cousin nous proposa de passer chez lui, afin de prendre une collation.

C'est là que nous vîmes sa mère (la soeur de ma belle-mère). Elle habitait la ferme, située à côté de la maison de mon cousin.

 

Agée de 81 ans, elle était elle aussi totalement abasourdie par cette histoire et elle me dit :

 

- "Tu te rends compte, pour quelqu'un qui était si maniaque et qui t'en a tant fait voir, c'est vraiment le comble de l'ironie".

 

Nous étions tous sous le choc. Mais avions bien conscience quand même qu'il nous faudrait entrer dans cette maison pour prendre, au moins, les papiers nécessaires aux formalités pour l'hôpital.

 

Son admission avait eu lieu en urgence, mais aucun justificatif n'avait été produit (carte Vitale, carte d'identité, etc...).

Son sac n'avait pas été trouvé par les pompiers et l'aide-ménagère était, selon ses dires, dans l'incapacité de fournir quelque indication que ce soit.

 

Il nous restait à prendre une décision, et nous n'avions guère le choix :

 

- Faire procéder à la désinsectisation totale de la maison !

 

Avec l'aide de mon cousin, je cherchai donc une société spécialisée qui pourrait intervenir dans l'urgence.

 

Après avoir composé plusieurs numéros, j'en trouvai une qui accepta de passer le lendemain matin.

 

Le responsable m'expliqua au téléphone comment les choses allaient se dérouler :

 

- La société devait tout d'abord placer des fumigènes dans la maison. Ceux-ci dégagent un produit destiné à tuer les insectes mais empêchent l'accès à l'habitation pendant une journée (le temps que le produit fasse son effet).

 

- Pour pénétrer avant (ce qui était indispensable) il faut disposer d'un équipement spécial que fournit ladite société : une combinaison de protection, des bottes et un casque avec protection totale du visage (l'équipement de cosmonaute en quelque sorte).

 

Je pris donc le rendez-vous, en précisant bien que je n'entrerais pas seule dans la maison et qu'il leur faudrait prévoir deux équipements.

 

Je n'avais, en effet, nullement l'intention de me retrouver en "zone inconnue". Je n'étais pas entrée là depuis 19 ans, je ne connaissais rien aux habitudes de ma belle-mère. Et surtout, je ne tenais pas à ce que l'on me dise ensuite que j'avais profité de cette "intrusion" pour subtiliser un quelconque élément lui appartenant.

 

Mon cousin, directeur d'école, et ma cousine, enseignante, ne pouvaient s'absenter de leur travail, je convins donc avec ma tante que nous irions ensemble à ce rendez-vous le lendemain 13 Octobre.

 

En attendant, je rentrai chez moi avec mon mari.

 

Tous deux étions assommés par cette nouvelle, d'autant que mon cousin nous avait aussi annoncé que son père était, dans le même temps, hospitalisé à Valenciennes.

 

Cet homme de 81 ans était diabétique depuis de longues années, et une amputation d'un orteil venait d'avoir lieu.

 

"L'organisation" s'avérait difficile pour conjuguer ces deux hospitalisations et le reste.

 

De plus, j'aimais beaucoup mon oncle (par alliance, certes), mais il s'était toujours montré très affectueux vis-à-vis de moi. C'était d'ailleurs lui qui m'avait menée jusqu'à l'autel à l'église le jour de mon premier mariage.

 

Mon mari et moi habitions à près de soixante kilomètres du village de ma belle-mère et des deux lieux d'hospitalisation. Nous n'étions donc pas spécialement proches géographiquement.

 

Cependant, les faits étaient là, et je me devais d'assumer quoi qu'il en fut, ne serait-ce que pour mon cousin avec lequel je m'étais toujours bien entendue.

 

Le lendemain matin, 13 Octobre 2008, alors que nous nous apprêtions à partir pour le Valenciennois, mon cousin m'appela pour m'annoncer le décès de ma belle-mère, intervenu dans la nuit.

 

Dire que j'en fus bouleversée, n'est pas le terme qui convient, mais mon mari sentit que cela ne me laissait pas insensible.

 

Je lui dis :

 

- "Comment expliquer que je puisse encore en être affectée après tout ce qu'elle m'a fait ?".

 

Il me répondit :

 

- "Mais parce que tu as un coeur, tout simplement. Dis-toi que maintenant tout est fini. Tu n'entendras plus parler d'elle".

 

Bien sûr, mon mari avait raison. Mais je ne savais pas encore tout ce qui m'attendait...

 

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Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 11:26

44) LE DEBUT D'UNE BIEN LONGUE EPREUVE

 

 

 

En ce jour d'Octobre 2008, rien ne me laissait imaginer tout ce que "cachait" encore cette femme détestable, dont je croyais pourtant connaître les multiples aspects.

 

Mon mari et moi arrivâmes donc à la morgue, à l'hôpital où elle se trouvait, et où était déjà mon cousin. 

 

Le corps de ma belle-mère "reposait" là. Visage blême, dont je reconnus bien sûr les traits, même après 19 ans. Morte elle paraissait aussi froide qu'auparavant. 

 

Mon mari, pour sa part, la voyait pour la première fois seulement. Il fut très troublé par la vision de cette femme, dont il me confia après qu'un défunt présente rarement un visage aussi "inexpressif".

Il peut, en effet, parfois garder un soupçon d'expression. Mais pour elle, rien. 

 

Je tentai néanmoins d'en savoir davantage sur cette mort pour le moins étrange. 

Il me fut possible de contacter son médecin traitant et celui qui avait examiné le corps de ma belle-mère à son arrivée à l'hôpital.

 

Le premier m'annonça qu'elle était régulièrement en proie à des crises de délire depuis quelques années. Selon lui "elle n'avait plus toute sa tête" et incurgitait de fortes doses d'anxiolytiques et autres médicaments pour certaines pathologies chroniques. Il n'avait cependant trouvé aucun moyen de prendre les dispositions qui auraient été nécessaires à son état, compte tenu de son tempérament.

 

Le second médecin m'indiqua que le fait qu'elle soit tombée sur le dos, à moitié nue sur un carrelage froid, aurait vraisemblablement provoqué un choc au niveau de la colonne vertébrale, ayant occasionné une réaction au cerveau. Ce qui pourrait expliquer l'état comateux dans lequel les pompiers l'avaient retrouvée. Mais aucun éclaircissement quant au fait qu'elle ait été près de sa porte d'entrée, presque nue... Personne ne pouvait témoigner de quoi que ce soit.

 

Après avoir envisagé plusieurs hypothèses, l'heure n'était plus à songer à comprendre, mais à faire retirer le corps de ma belle-mère de la morgue, le plus vite possible.

Le responsable nous l'avait bien fait comprendre. 

 

Mon cousin et moi décidâmes de nous occuper ensemble de l'organisation des funérailles.

 

En attendant, il me fallait, comme prévu, me rendre au domicile de ma belle-mère pour le rendez-vous pris avec la société de désinsectisation.

 

Mon cousin rejoignit l'école dont il assurait la direction, je passai prendre sa mère - la soeur de ma belle-mère - avec laquelle j'avais convenu qu'elle soit présente avec moi dans cette maison.

 

Arrivés face à cette habitation, située dans un petit lotissement pour personnes âgées, près de Denain, ce fut pour moi la résurgence de souvenirs bien pénibles.

Le camion de la société de désinsectisation arriva. Ma tante remit les clés à notre interlocuteur (trousseau que les pompiers avaient trouvé sur la serrure, à l'intérieur, en forçant la porte).

 

Deux autres personnes nous remirent deux équipements qu'ils nous firent endosser dans la rue, à ma tante et à moi.

Tous les voisins étaient à leur porte. D'autres à la fenêtre. Regardant cette scène, comme s'il s'agissait de la seule attraction de ce petit village.

 

En enfilant la combinaison de protection ainsi que les bottes, et en laissant l'un des spécialistes m'aider à y ajouter un film plastifié représentant une double protection, ainsi que des élastiques au niveau des mollets, je regardai ma tante qui faisait de même, et je lui dis :

 

- "Décidément, elle nous aura tout fait !".

 

Ma tante me répondit :

 

- "Nous voilà bien maintenant avec ça".

 

Avant de me munir du casque pour entrer avec ma tante, je regardai mon mari qui me dit :

 

- "Courage. C'est un mauvais moment à passer".

 

Nous entrâmes dans cette maison, nous mettant en quête de trouver au moins les papiers personnels de ma belle-mère, le fameux sac introuvable, afin d'avoir en mains tout ce qui me permettrait de procéder aux formalités de son décès.

 

Ma tante me mit sur une "piste" en me disant :

 

- "Je crois que c'est là qu'elle mettait son sac, mais je ne suis pas venue depuis longtemps tu sais".

 

J'ouvris un placard, mais aucun sac à l'intérieur, si ce n'est des vêtements...

Nous fîmes le tour de cette maison de plain-pied. Il y régnait un certain désordre. Inhabituel pour moi qui avais connu ma belle-mère si méticuleuse...

Je me rendis avec ma tante, dans la salle à manger, puis dans la chambre, nos recherches s'orientèrent vers les tiroirs des meubles. Et finalement, ma tante trouva un porte-feuilles. A l'intérieur, les papiers personnels de ma belle-mère. Près de là, dans ce même tiroir, son livret de famille.

 

Nous avions donc l'essentiel. Je n'avais qu'une hâte, sortir de ce lieu, effectivement envahi d'insectes.

 

A notre "retour" près du camion, la suite des opérations eut lieu.

 

Le responsable nous dit :

 

- "Nous allons maintenant placer les fumigènes. Attendez-nous, quelqu'un va vous aider à ôter votre équipement. Mais il vous faudra patienter 24 heures avant de pouvoir à nouveau pénétrer dans les lieux".

 

Depuis l'extérieur, nous entendîmes plusieurs retentissements. Les fumigènes qui explosaient à divers endroits dans l'habitation, certainement.

Je n'avais jamais vu cela. J'avais l'estomac retourné. Une angoisse m'envahit, mais je tentai de me contrôler.

 

Les opérations terminées, le responsable s'adressa à moi - comme si c'était une évidence - et me dit :

 

- "Voilà, c'est terminé. Je vous établis une facture, c'est 160 euros".

 

Ma tante ne broncha pas.

 

A cet instant je compris que tout m'incomberait. Je sortis mon carnet de chèque du sac que mon mari tenait en mains et je réglai la facture.

 

J'avais été rejetée durant 19 ans par une femme dont la soeur se trouvait près de moi, mais ce fut moi qui régla les frais de cette intervention. Et ceci, sans que l'on me propose jamais de me rembourser.

 

-:-:-:-:-

 

Ceci terminé, ma tante me proposa, ainsi qu'à mon mari, d'aller déjeuner chez elle.

 

Je connaissais bien la ferme qu'elle habitait. J'y avais plusieurs fois passé quelques jours lorsque j'étais adolescente.

Là, je me sentais plus apaisée.

 

Dans l'après-midi, je me rendis à la mairie afin de déclarer le décès de ma belle-mère, ainsi que dans la seule et unique agence de pompes funèbres de ce petit village.

Je leur demandai de retirer le corps de la morgue afin de le déposer au funérarium dans l'attente des funérailles.

 

Je leur donnai les coordonnées téléphoniques de mon cousin, ainsi que le numéro de mon téléphone portable.

 

La dame qui m'accueillit me dit :

 

- "Vous êtes la cousine de "C.". Nous le connaissons bien, il est adjoint au maire. Nous avons entendu parler du décès de votre belle-mère. C'est une drôle d'histoire. Nous allons nous en occuper".

 

Tout ceci avait, manifestement, déjà fait le tour du village.

 

Avec cette dame, je convins de revenir rapidement avec mon cousin, afin que nous prenions toutes décisions communément.

 

C'est alors qu'elle me demanda :

 

- "Est-ce-qu'elle avait une assurance-décès ?".

 

Je répondis que je n'en savais rien. Je ne pouvais être en mesure de répondre à de telles questions. Mon cousin en savait peut-être davantage. Et encore... Qui pouvait bien être au courant de ses affaires ? Elle ne voyait plus personne.

 

Néanmoins, son habitation étant louée par un bailleur social, je pris contact avec cette société pour signaler son décès.

 

Ma correspondante me demanda à quelle date le logement pouvait être rendu libre d'occupation.

 

Je fus donc contrainte d'expliquer la situation :

 

- les puces, la désinsectisation, le fait que j'allais retourner vérifier l'état du logement après l'intervention de la société spécialisée, etc...

 

Mais la seule chose qui préoccupait mon interlocutrice c'était cette sempiternelle question, qu'elle me reposa au moins 20 fois en quelques jours :

 

- "Quand récupérons-nous les clés ? Quand débarrassez-vous le logement ?".

 

C'en fut au point que mon cousin s'en mêla pour lui signifier de cesser de me harceler de la sorte.

 

En fin de journée, dès le retour de mon cousin et de son épouse de leur lieu de travail, je me rendis une nouvelle fois à l'agence des pompes funèbres.

Mon cousin m'accompagna.

 

Le corps de ma belle-mère y avait été transféré. On nous signala qu'elle avait encore des puces, mortes, dans les oreilles... Ce que nous constatâmes effectivement. 

 

Nous discutâmes des soins à prodiguer avant la mise en bière, du jour des funérailles, du lieu d'enterrement, du choix du cercueil, des faire-parts, et tout ce à quoi on ne pense que si l'on est confronté à une telle situation.

 

Jamais, en effet, je n'avais eu à m'occuper des funérailles de quiconque jusqu'alors. J'en avais connus et vus des enterrements. Mais qui aurait imaginé que ce soit moi qui organise celui de cette femme ?

 

Mon cousin croyait savoir que dans le caveau de famille (celui des parents de ma belle-mère), notre grand-père avait prévu quatre places.

Tous deux étaient décédés, ils étaient enterrés dans un petit village jouxtant celui qu'habitait ma belle-mère. A charge pour nous de faire vérifier si ce caveau contenait encore deux places.

Mais la difficulté ne s'arrêtait pas là :

 

- Les soeurs étaient trois : ma belle-mère, la maman de mon cousin, et une troisième femme, malheureusement atteinte d'un léger handicap mental.

Ma belle-mère s'étant fâchée, aussi, avec elle, il nous fallait lui annoncer ce décès et lui demander l'autorisation de faire enterrer sa soeur avec ses parents.

 

Cette femme, âgée d'un peu plus de 70 ans (la plus jeune des trois filles), habitait la maison des parents. Maison qu'elle n'avait jamais quittée puisqu'elle était restée célibataire. Elle était, de surcroît, sous la tutelle administrative et financière de mon cousin ! Le pauvre homme avait une lourde charge encore depuis bien des années.

 

Nous allâmes donc, mon cousin, mon mari et moi, voir ma tante.

 

Là aussi ce furent des souvenirs de mon enfance qui me revienrent en mémoire.

Dans cette maison j'avais passé certaines vacances entre l'âge de 8 et 11 ans environ, avec ces grands-parents maintenant décédés qui m'y avaient toujours bien accueillie.

Ma tante, je m'en souvenais bien. Elle était toujours assise sur une chaise, se balançant d'avant en arrière. Peu bavarde.

J'avais très vite senti que cette femme avait un problème. Dont jamais personne ne parlait cependant.

 

Mon cousin, qui disposait des clés, sonna. Ma tante arriva :

 

- "Ah... C'est toi...".  Puis elle tourna son regard vers moi, sans me reconnaître.

 

Mon cousin lui dit alors :

 

- "C'est "C" et son mari. Nous venons pour te parler de tante "C"".

 

Elle fronça les sourcils et répondit :

 

- "Qu'est-ce-qu'elle me veut encore celle-là ?".

 

Mon cousin lui expliqua la raison de notre présence.

 

Ma tante, un peu abasourdie quand même, nous dit :

 

- "Mettez-la où vous voulez, l'essentiel c'est qu'elle nous laisse en paix".

 

Voilà qui avait le mérite d'être clair. Et cela nous permit de poursuivre nos démarches. 

 

-:-:-:-:- 

 

La soirée approchait. Mon cousin nous proposa de rester dîner chez lui et son épouse.

 

Je m'entendais très bien avec sa femme. Je crois que, finalement, le fait de nous retrouver nous donna à chacun l'énergie nécessaire pour affronter cette épreuve.

Et durant toutes les journées qui suivirent nous fûmes très solidaires.

 

Chez mon cousin, le téléphone n'arrêta pas de sonner.

 

Son frère bien sûr était au courant. Il était de mon âge (48 ans à cette époque). En instance de divorce depuis quelques années, il avait trois enfants et vivait depuis peu avec une dame médecin généraliste que je ne connaissais pas.

 

Avec cet homme, j'avais toujours eu moins d'affinités. D'un tempérament plus "rieur", semblant tout prendre à la légère, il était ingénieur agronome et n'avait suivi cette voie que pour rester, à sa façon, au contact de la terre. Mais il ne m'était pas désagréable. Nous étions en très bons termes.

 

Son épouse (puisque tel était toujours le cas, même s'ils étaient séparés), s'entendait très bien avec ma belle-mère. Elles avaient toutes deux le même caractère : très matérialistes, du genre à toujours vouloir que tout aille dans leur sens. Impossibles à vivre de par leurs exigences.

Cette femme avait d'ailleurs, elle aussi, traumatisé ses deux filles à force de vouloir les éduquer sévèrement. Son fils, plus jeune, était devenu un adolescent très rebelle et vivait avec son père.

Ce divorce durait depuis près de cinq ans. Elle revendiquait la maison que son mari et elle avaient fait bâtir, mais ni l'un ni l'autre ne voulait céder.

Tout était dans les mains d'un avocat et cette femme s'était aussi mis à dos l'ensemble de la famille de mon cousin.

 

Si j'évoque mon second cousin, ce n'est guère anodin. Car sous son apparence "détachée" de l'évènement que nous vivions tous, cet homme cachait certaines choses que j'étais seule à ignorer bien sûr.

 

La "nouvelle" du décès fit rapidement le tour de la famille et je vis ainsi réapparaître des personnes qui, selon ma cousine, ne se manifestaient plus depuis très très longtemps...

 

Chacun sait que lors d'un décès, il y a toujours ceux qui s'occupent du défunt et d'autres qui attendent... Attendent quoi ?

 

Je dus me rendre à la banque de ma belle-mère, avec mon cousin bien entendu, pour clôturer son compte et tenter de savoir si elle disposait d'un contrat obsèques.

 

Nous fûmes reçus par son conseiller financier.

 

Comment imaginer que cette femme "coupée du monde" pouvait avoir un conseiller financier ?

 

Et pourtant, après que nous eûmes tous deux décliné notre identité (mon cousin, par pure formalité et moi car j'étais bien sûr "celle qui arrivait de nulle part"), ce monsieur fit copie de nos cartes d'identité et vérifia le livret de famille que j'avais pris soin d'apporter.

 

Il consulta son écran d'ordinateur et il nous dit :

 

- "Vous allez devoir passer devant notaire avant que je puisse faire quoi que ce soit".

 

Mon cousin me regarda, l'air interloqué. Il en fut de même pour moi qui ne comprenais rien.

 

Ma belle-mère ne disposait, à notre connaissance, d'aucun bien immobilier.

 

Cet homme ajouta :

 

- "Les sommes dont elle dispose étant supérieures à 500 000 euros, vous êtes contraints de faire intervenir un notaire. Mais elle a un contrat obsèques et cet argent là je peux le débloquer. Le contrat vous permet de disposer de 4 000 euros. Il vous suffit de me faire adresser les factures et je règlerai les frais d'obsèques".

 

C'était pour moi l'essentiel : pouvoir organiser les funérailles et après c'en était fini. Je n'avais plus rien à voir avec cela.

 

Mais mon cousin et le banquier ne l'entendirent pas de cette oreille.

 

Mon cousin me dit :

 

- "Tu dois venir avec moi chez ce notaire".

 

Je répondis :

 

- "Mais elle m'a reniée durant près de 20 ans, je ne vois pas ce que j'irais faire chez un notaire".

 

Le banquier abonda dans le sens de mon cousin en me disant :

 

- "Vous êtes sa belle-fille, vous devez en effet vous rendre chez cet homme de loi dont j'ai le nom. Je vous donne ma carte avec mes coordonnées. Appelez-moi si vous avez le moindre problème".

 

J'étais prise au piège. Et à quel piège !

 

 

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Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 11:30

46) LA LOI DES SERIES

 

 

Ma belle-mère, à jamais disparue, laissera cependant dans mon esprit une trace indélébile.

 

Aujourd'hui encore cette épreuve d'Octobre 2008 me "hante" et si je n'avais eu de témoins à l'étrangeté de sa mort, personne, je crois, ne m'aurait crue.

 

Comment oublier ? Comment imaginer qu'une personne puisse être à ce point dotée d'un tel machiavélisme ? D'une telle perfidie ?

 

Dans le même temps, le père de mon cousin était toujours hospitalisé à Valenciennes.

 

Le diagnostic des médecins avait été sans appel. La moitié de la jambe était amputée.

La dernière fois que nous avons pu l'approcher, il manifestait encore de la bonne humeur, comme pour nous dire : "ne vous lamentez pas. Je supporterai cette épreuve". 

 

Peu de temps après, il fut atteint d'une pneumonie. Nous ne pouvions plus le voir qu'à travers une paroie vitrée. Son épouse, mes cousins, mon mari et moi étions consternés et nous nous sentions véritablement impuissants face à cette maladie.

 

C'est la pneumonie qui l'emporta fin Novembre 2008. Il avait le visage serein... Mais il plongea la famille entière dans une tristesse absolue. Il était âgé de 81 ans.

 

Je n'ai pas laissé mon cousin dans sa détresse morale. Je l'ai épaulé et suis restée à ses côtés jusqu'aux obsèques, qui se déroulèrent de façon totalement différente de celles de ma belle-mère.

 

Cet homme, ancien fermier, né dans ce village, était connu de tous, admiré aussi pour son courage et sa bonne humeur.

Pour les jeunes, et les moins jeunes, il avait créé une association sportive : le football était sa passion, il l'avait transmise à ses fils et aux habitants du village.

 

C'est ainsi, qu'au funérarium, nous vîmes défiler multitude de personnes particulièrement éprouvées. Nous assurâmes, tour à tour, les "permanences" avant les funérailles, tant les visites furent nombreuses.

 

L'incinération (puisque tel était son souhait) eut lieu quelques jours après. 

La photo déposée sur son cercueil laissa de lui l'image d'un homme bon, rieur, généreux de coeur et d'esprit... Il y eut foule et les ultimes passages devant son cercueil s'éternisèrent...

 

S'ensuivit un repas, dans la salle des fêtes du village, au cours duquel nous évoquâmes son souvenir, mais dans la bonne humeur et la convivialité... A son image... Comme il l'aurait voulu. Chacun l'avait compris ainsi et le respecta.

 

Mes cousins restèrent alors seuls avec leur mère, dont l'état de santé n'était guère brillant. Elle décida cependant de continuer d'occuper cette ferme où elle avait vécu tant d'années avec son défunt mari. Une ferme dont il ne restait plus, depuis longtemps bien sûr, que l'habitation. Les "dépendances" étaient à l'abandon. Seul un potager persistait, jouxtant la maison de mon cousin. Un potager qu'il continue encore d'entretenir.

 

-:-:-:-:-

 

Ces deux deuils consécutifs m'avaient fortement épuisée nerveusement. La fin d'année approchait, les fêtes également. Mais le coeur n'y était pas bien sûr.

Mes enfants avaient suivi, de plus loin, ces deux épreuves dont ils avaient été informés par mes soins. Mais j'avais tenu à les laisser à l'écart de cela. L'aîné travaillait et le plus jeune poursuivait son cursus universitaire.

 

Le réveillon de Noël allait se dérouler avec eux, chez nous.

 

Nous avions cependant reçu une invitation de nos amis demeurant près de Bordeaux. Leur souhait était que nous passions une dizaine de jours à leur domicile, après les fêtes de Noël et jusqu'au 5 Janvier 2009. Mon mari et moi acceptâmes. Cela ne pouvait que nous faire un peu de bien.

 

Mais un autre évènement survint.

 

Le décès de mon ex-beau-père (le père de mon ex-mari) me surprit vers la mi-Décembre 2009.

 

Je savais qu'il avait eu quelques ennuis de santé, des chutes notamment, des fractures, un souci cardiaque aussi, mais j'ignorais que depuis quelques temps il souffrait d'un grave problème de circulation du sang.

 

Mon plus jeune fils m'annonça son décès et me prévint du jour des funérailles.

Ayant toujours conservé de bons contacts avec cet homme et mon ex-belle-famille, je me rendis seule aux obsèques.

 

Arrivée à la porte de l'église, je déposai furtivement ma plante près des autres gerbes. Je n'avais pas l'intention d'entrer immédiatement dans l'église, préférant laisser la famille se rassembler à l'intérieur, près du cercueil.

 

Mes ex-beaux-frères et belles-soeurs vinrent cependant vers moi, m'embrassèrent et me dirent sans s'être concertés :

 

- "Tu sais, saches que jusqu'à sa mort il nous a toujours parlé de toi en nous disant que jamais nous ne devions oublier tout ce que tu as fait pour Maman. Il t'en a toujours été reconnaissant. Merci d'être venue".

 

Ces propos, je les avais déjà entendus maintes et maintes fois... Oui, j'avais fait beaucoup pour leur mère qui était atteinte de la maladie d'Alzheimer. Jamais ils n'avaient voulu entendre ce "diagnostic potentiel" que j'avais soupçonné à l'époque. Ils m'avaient même rejetée durant un moment. Et depuis lors étaient revenus à de meilleurs sentiments...

 

L'essentiel pour moi était d'avoir suivi mon instinct. Celui qui m'avait guidée pour assurer le bien-être de cette femme que j'aimais profondément. Que nous avions, depuis lors, enterrée elle aussi... Son mari partait la rejoindre, presque 4 ans après.

 

Les funérailles terminées, mon ex-mari et son épouse vinrent me saluer. J'emmenai mon plus jeune fils en voiture vers le cimetière. Et je repris ensuite le chemin vers mon domicile.

 

Exténuée nerveusement, mal, mais satisfaite intérieurement d'avoir pu accompagner cet homme vers sa dernière demeure, je songeai à me reposer un peu.

 

La soeur de mon mari, quant à elle, luttait toujours contre ce cancer des intestins, mais la chimiothérapie semblait produire son effet. Malgré tous ces évènements, nous allions la voir régulièrement.

 

Peut-être allais-je enfin pouvoir songer sereinement à Noël et à ce départ chez nos amis ?

 

-:-:-:-:-

 

Un matin de Décembre 2008, peu après le décès relaté ci-dessus, j'étais occupée au ménage. Mon mari était face à l'ordinateur.

 

Je m'approchai de lui alors que je passai la serpilière sur le sol et il me dit :

 

- "Je t'ai inscrite sur facebook, ton mot de passe est le suivant...".

 

Circonspecte et mécontente à la fois de cette initiative dont il ne m'avait pas parlé, je lui répondis :

 

- "Mais pourquoi as-tu fait cela ? Je ne veux pas apparaître sur ce site. Je n'y vois aucun intérêt, retire-moi de là de suite. Tu aurais pu m'en parler avant !".

 

Il me répondit :

 

- "Tu vas y retrouver d'anciennes copines et cela te changera les idées, tu verras, tu seras contente".

 

Le ton monta, je m'énervai, il maintint sa position - comme toujours - et ne voulut rien entendre.

 

S'ensuivit une dispute, et je ne parvins absolument pas à lui faire entendre raison.

 

Fermement décidée, néanmoins, à ne jamais consulter ce site, je finis par clore cette discussion stérile.

 

Mon mari se montrait depuis bien longtemps obstiné, constamment persuadé qu'il avait raison, n'écoutant que lui, et tout cela m'agaçait profondément et agissait aussi beaucoup sur mon état nerveux.

Mais j'en prenais mon parti. Même si j'en souffrais beaucoup.

 

Les jours passèrent, peu nombreux avant que je reçus, dans ma boîte de messagerie, un mail m'indiquant qu'un certain "Mr T." m'avait laissé un message, consultable sur le site en question.

 

Interloquée, je consultai ce message et je vis :

 

- "C'est bien toi ? Si c'est cela j'aimerais avoir des nouvelles de toi", etc...

 

Message, certes, laconique, mais qui me plongea dans une profonde émotion.

 

Mais comment donc, cet homme avait-il pu me retrouver encore une fois ?

 

Il s'agissait de celui qui fut mon premier amour d'adolescente. Celui qui m'avait déjà recontactée 17 ans plus tôt environ sur mon lieu de travail.

 

Mon mari vit, bien sûr, mon émotion et m'interrogea.

 

Spontanément je lui répondis que le premier à m'avoir contactée depuis le site sur lequel il m'avait inscrite était un garçon que j'avais connu en 1975.

 

Cela ne lui plut que très moyennement, il me demanda qui il était et j'ajoutai qu'il s'agissait de mon premier petit ami.

 

Le voilà qui était pris à son propre jeu, et moi plongée dans l'embarras le plus total !

 

Que faire ? Renoncer à lui répondre ? Ne pas céder à ce désir de rétablir moi aussi le contact ?

Cela je l'avais fait pour mon précédent mari déjà. Cette fois, sans arrière-pensée aucune, je me dis que j'avais droit à ce contact. La vie nous avait déjà deux fois séparés, le destin semblait vouloir nous réunir pour la seconde fois. Je n'écoutai que mon instinct. J'allai lire son message...

 

 

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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 17:21

47) CETTE FAMEUSE ANNEE 2009

 

 

Je ne cache pas mon angoisse, à l'idée de voir s'ouvrir une nouvelle fois la page d'une histoire, que je croyais définitivement fermée depuis dix-sept ans. 

  

J'allais avoir 49 ans et cet homme (appelons-le "M.T."), qui revenait à nouveau vers moi était de deux ans mon aîné. Tant de choses peuvent arriver durant autant d'années. Que me voulait-il ? Qu'était-il devenu ?

 

Je lui répondis donc en messagerie privée sur le site en question, lui indiquant que "oui, c'était bien moi sur la photo et que je m'étonnais de le revoir là après toutes ces années".

 

Pratiquement aussitôt, il me donna son adresse mails en m'expliquant qu'il s'était remarié en 2004, était grand-père d'une petite-fille de deux ans et qu'une seconde naissance devait intervenir courant Février 2009 chez son unique fille.

 

Il m'expliqua aussi avoir repris des études de commerce en 1994 durant trois ans pour obtenir un autre diplôme et qu'il travaillait toujours dans la même société (une firme multi-nationale spécialisée dans l'alimentaire). Et je m'étonnai de lire en conclusion de son message :

 

- "Comment va ta santé ? Qu'est devenue ta belle-mère ?"... Toutes les questions que l'on pose à une personne, lorsque l'on connaît les problèmes qui furent les plus préoccupants pour elle.

 

C'est surtout cela qui m'interpella, je crois. "M.T." n'avait rien oublié. Ma pathologie, ma belle-mère qu'il avait bien connue et dont il savait le tort qu'elle m'avait causé.

 

Dans ma réponse, je lui précisai immédiatement mon remariage, l'endroit où je vivais et lui annonçai le décès de ma belle-mère (assez récent encore). Quant à ma santé, je ne lui cachai pas être toujours en proie à ces crises d'épilepsie.

 

Nos messages se succédèrent, et le dernier qu'il m'envoya mentionna son intention de nous inviter chez lui, mon mari et moi, afin que nous nous retrouvions et fassions la connaissance de son épouse.

Il fixa la date pour fin Janvier 2009 et me donna son numéro de téléphone personnel en sollicitant le mien.

L'idée d'une rencontre en couples me sembla correct et mon mari n'émit aucune opposition.

 

La date de notre départ chez nos amis de Bordeaux approchait, je précisai donc à "M.T." mon numéro de portable en lui expliquant que nous partions jusqu'au 5 Janvier 2009.

 

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Le 29 Décembre 2008, mon mari et moi prîmes la route en direction du domicile de nos amis.

 

L'accueil fut convivial, le réveillon de fin d'année se déroula dans la bonne humeur, chacun de nous apportant sa contribution aux achats pour le repas.

   

Le 4 Janvier, alors que mon amie de Bordeaux et moi étions seules (nos conjoints étant partis faire quelques courses), mon téléphone sonna...

 

C'était "M.T.", qui me surprit en me souhaitant un joyeux anniversaire et en me présentant ses voeux.

 

Ainsi, même la date de mon anniversaire il la connaissait encore.

De mon côté j'avais toujours la sienne en tête également, et m'étais d'ailleurs fait cette réflexion assez curieuse de voir qu'elle correspondait à celle de mon mari (en dehors de l'année qui les différenciait).

 

Curieuse coïncidence.

 

Cette conversation très courte nous permit de constater, l'un et l'autre, à quel point nous étions émus de nous entendre. Mais quoi de plus normal après tout ce temps ?  

 

 

Entre-temps, nous avions fêté la nouvelle année et mon anniversaire avec nos amis de Bordeaux, visité un peu les environs, mais ce séjour nous laissa un petit goût étrange...

 

- Cette femme s'était montrée très démonstrative, nous avait offert des cadeaux totalement inattendus, mais nous avait aussi rendus "témoins" de plusieurs altercations avec son mari.

 

Cela nous avait mis mal à l'aise et nous avait beaucoup peinés pour cet homme au demeurant très jovial et courageux (il était manifeste qu'elle le menait à la baguette, insistant souvent sur le fait qu'elle tenait les cordons de la bourse et que l'argent provenait d'elle et non de lui).

 

Il nous avait semblé indélicat qu'elle fasse état de tout cela devant nous à plusieurs reprises.

 

- Elle nous avait également emmenés chez sa Maman, à Arcachon. Cette dame, âgée de 90 ans, vivait dans une résidence pour personnes âgées. Elle y disposait d'un appartement individuel et nous avait invités dans le restaurant où elle prenait ses repas chaque midi.

 

Un lieu très luxueux et une dame totalement à l'opposé de sa fille. Son éducation et sa classe n'avaient d'égales que sa simplicité et sa gentillesse.

 

Arriva le jour où nous dûmes prendre la route du retour, non sans avoir contracté un virus compte tenu du temps extrêmement froid, et de l'état de santé de nos amis, déjà sous prescription médicale au moment de notre départ.

 

A notre retour chez nous, la grippe nous obligea à garder le lit durant près de quinze jours.

 

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Après notre rétablissement, nous nous inquiétâmes de l'état de santé de la soeur de mon mari (toujours en chimiothérapie eu égard à ce cancer du côlon), et mes fils vinrent nous rendre visite également.

 

L'aîné, travaillait toujours dans la même société d'infographie où il était chargé de la gestion des commandes et occupait encore son appartement situé dans l'agglomération Lilloise.

 

V. m'annonça sa rupture avec son petit ami et sa rencontre avec un homme de 15 ans son aîné. Ce dernier envisageait de retourner au Portugal, où vivait toute sa famille, sans exclure toutefois l'hypothèse de venir s'installer avec V. dès qu'il trouverait du travail près de Lille.

 

Cet homme exerçait dans la coiffure, avait donc 35 ans, et nous fîmes sa connaissance quelques temps plus tard.

Un garçon charmant, très courtois, discret et disposant d'une grande culture. Le contact fut d'emblée très bon.

 

  

V. disposait alors de son petit appartement d'étudiant dans le centre de Lille. Un 30 m2 dans lequel son ami vint s'installer de façon provisoire en attendant de trouver un logement suffisamment grand pour eux deux.

 

Il abandonna son projet de retourner vivre au Portugal, et trouva immédiatement, compte tenu de ses expériences professionnelles précédentes, un poste de responsable dans une imprimerie près de Lille.

 

Pour mes enfants, tout suivait donc son cours normalement.

 

Arriva la date à laquelle nous devions nous rendre chez mon ami "M.T." et son épouse, à une centaine de kilomètres de chez nous.

 

Celui-ci nous avait fait parvenir un plan très détaillé pour le trajet et nous arrivâmes le jour dit, à l'heure fixée.

 

Je ne cache pas la crainte qui m'envahissait, que je n'avais d'ailleurs pas cachée à mon mari.

 

Face à l'adresse indiquée, nous eûmes à peine le temps d'arriver jusqu'à la porte, qu'un homme nous accueillit.

 

Je le reconnus immédiatement, il nous salua, me fit la bise et nous fit entrer dans le hall, où nous attendait son épouse.

 

Cette femme, âgée de 60 ans, me parut très accueillante et tous deux nous invitèrent à nous mettre à l'aise et à rejoindre le salon.

 

Nous évoquâmes brièvement les conditions de ces retrouvailles et la convivialité fut de mise tout au long de cette journée.

 

Je retrouvai celui que j'avais toujours connu, tant dans ses gestes que dans sa façon de s'exprimer... Mais je découvris aussi un homme dont l'évolution sociale ne passait guère inaperçu.

 

Responsable commercial, il passait la semaine dans la ville où il travaillait, ne rentrant que pour le week-end.

 

Son épouse assurait l'accueil téléphonique et la gestion des commandes dans une petite entreprise.

 

Très vite, la discussion nous permit de comprendre que "M.T." avait acquis cette superbe maison dont il était si fier, qu'il était propriétaire de son appartement dans la capitale, disposait aussi de plusieurs autres logements qu'il louait à des particuliers. Et qu'il avait acheté un bateau.

 

Evoquant son niveau de vie, tout en expliquant son évolution dans sa société, il ajouta :

 

- "Mais j'ai bien conscience que je peux devenir S.D.F. du jour au lendemain et je reste attentif à cela".

 

Ce fut, dans mon esprit, la seule ombre au tableau : il avait évolué, mais était devenu très matérialiste à mon sens et sous cet aspect là je ne le reconnaissais plus.

 

Je n'y fis cependant pas plus attention que cela. Je constatai.

 

De mon côté, je ne cachai pas ma cessation d'activités suite à un "burn out". Nous évoquâmes rapidement le déroulement de ma carrière professionnelle et tous deux comprirent que j'avais été abusée par mes employeurs.

 

Ma souffrance, à cet égard, était et est encore très perceptible. Cette épreuve m'ayant beaucoup fragilisée.

 

Mon mari fit preuve, durant cette journée, de beaucoup d'humour comme à son habitude et le contact passa très bien entre nous tous.

 

Au moment de nous séparer, une date fut prise afin que nous nous retrouvions le mois suivant, chez mon mari et moi cette fois.

 

Fin Février 2009, tous deux découvrirent notre petite localité et notre modeste demeure.

 

A l'inverse de ce qui s'était produit chez eux, je fus en cuisine pour un repas assez élaboré. Ceci sembla surprendre mon ami "M.T.", manifestement peu habitué à ce que son épouse s'occupe activement de l'organisation de la maison et des repas.

 

J'ignorais en effet que celle-ci manquait beaucoup d'habileté et comptait énormément sur lui pour tout. Ce que je compris au fil de nos rencontres et que mon mari remarqua très vite également.

 

Au cours de cette journée, nous leur fîmes visiter une curiosité du village. Cette découverte ne fut pas sans leur plaire et nos moments d'échanges semblaient s'orienter vers des lieux qui convenaient à chacun et sur des discussions agréables.

 

Nos rencontres se firent de plus en plus régulières et nous en vinrent à nous voir à peu près tous les quinze jours.

 

Mon ami "M.T." avait cependant souhaité que je le voie seul afin que nous puissions parler ensemble des évènements passés, de façon plus tranquille.

Choses que nous n'avions pas encore abordées devant nos conjoints afin de ne pas les ennuyer avec notre histoire plus personnelle.

 

J'avoue que si l'idée en elle-même ne me déplaisait pas, je me demandais où pourrait bien se dérouler cette rencontre, fixée à la fin du mois d'Avril 2009.

 

Mon mari ne voyait pas cela d'un bon oeil, mais je ne tins absolument pas à lui cacher ce rendez-vous. Je sortais de toutes façons tellement peu seule qu'il ne pouvait qu'en être informé.

 

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Mais avant qu'arrive le mois d'Avril, je dus affronter un nouveau deuil.

 

La tante qui m'avait accueillie après la mort de ma Maman, décéda brutalement courant Février 2009 et j'en fus avisée par l'une de ses filles avec laquelle j'étais en contact occasionnellement (la seule qui ait quitté le Nord pour la Haute-Savoie).

Quant à ma tante, j'étais allée lui rendre visite plusieurs fois depuis mon remariage.  Elle avait emmenagé dans une petite résidence pour personnes âgées dans sa commune de naissance (près du logement qu'elle occupait avant). Une aide-ménagère venait régulièrement chez elle. Ses deux filles, encore dans la région, s'en occupaient aussi.

 

La dernière fois où je l'avais vue, je l'avais trouvée très amoindrie. Elle parlait difficilement et se déplaçait à l'aide d'un déambulatoire.

 

Quand je fus avisée de son décès, j'annonçai à ma cousine mon intention de me rendre aux funérailles. Ma peine était grande. Je revis une fois encore une partie de mon enfance défiler et tous les souvenirs que j'avais avec cette femme si aimante me revinrent en mémoire.

 

Le jour des funérailles, mon mari m'accompagna. Je n'avais pas revu mes trois cousines depuis plus de 20 ans, voire 30 pour celle de Haute-Savoie. Comment allais-je réagir face à cela ?

 

Ce fut une crémation. Ce qui ne m'étonna guère, ma Tante n'étant pas croyante.

 

Avant la "cérémonie" mes cousines et leurs conjoints me reconnurent sans hésitation. Je les embrassai, leur présentai mon mari. Un moment d'émotion pour nous toutes qui avions passé de si bons moments ensemble lorsque j'étais enfant.

 

La cérémonie fut empreinte d'émotion. Je retins difficilement mes larmes, surtout lorsque j'entendis mes cousines évoquer leur Maman. J'aurais, de loin, préféré parler de tout ce que cette femme m'avait apporté, plutôt que d'avoir à rédiger et à lire l'oraison funèbre de ma belle-mère quelques mois auparavant.

 

Après ces funérailles, il me fut proposé de participer au repas, mais je devais rejoindre mon fils aîné avec lequel nous avions convenu de passer quelques heures. Un rendez-vous prévu depuis quelques temps que je n'avais pas voulu remettre. 

Tous ces décès successifs me cassaient les uns après les autres et j'avais, je le crois, besoin de me changer un peu les idées.

 

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Dans le même temps, nous suivions toujours l'évolution de l'état de santé de la soeur de mon mari. Dire qu'il se stabilisait n'est pas le mot juste, mais nous avions l'espoir qu'elle viendrait à bout de ce cancer.

 

Une invitation nous avait été lancée par ce médecin avec lequel je correspondais depuis près de deux ans sur le net. Epileptique lui aussi, il semblait tenir, ainsi que son épouse, à ce que nous nous rencontrions.

 

Mon mari et moi nous apprêtions donc à partir dans le Cher pour un long week-end chez ce couple, lorsque l'état de santé de ma belle-soeur devint inquiétant.

Son époux nous demanda cependant de ne pas renoncer à notre projet.

Elle était hospitalisée et chaque jour nous appelions depuis le téléphone portable de mon mari pour prendre de ses nouvelles.

 

Les quelques jours dans le Cher se passèrent agréablement, malgré cette crainte constante concernant ma belle-soeur.

 

Ce couple, très accueillant, avait deux adolescents de 16 et 14 ans. Ce médecin discuta beaucoup avec moi de ses pathologies, son épouse s'orientant sur d'autres conversations avec mon mari.

 

Cet homme semblait souffrir beaucoup de sa cessation d'activités (il avait d'abord quitté ses fonctions d'anesthésiste en hôpital pour ouvrir son propre Cabinet médical, qu'il avait fermé également après s'être trouvé en invalidité). Son épouse était infirmière, retraitée, et l'avait connu dans cet hôpital où elle exerçait elle aussi.

Veuf, il s'était remarié. Un couple manifestement uni et des enfants très attachés à leur belle-mère.

 

Notre relation amicale perdura et un projet de vacances d'été ensemble fut évoqué.

 

-:-:-:-:-

 

 

Le mois d'Avril approchait... Ma rencontre avec mon ami "M.T." allait avoir lieu elle aussi.

 

Par mails, nous avions convenu de nous donner rendez-vous sur un parking situé près d'un hypermarché, à une vingtaine de kilomètres de mon domicile.

 

Pour moi, c'était ainsi plus facile d'y accéder en voiture.

 

Selon le temps, nous verrions où nous pourrions nous rendre.

"M.T." semblait opter pour la mer.

 

Nous aviserions le moment venu, en fonction du temps bien sûr...

 

 

-&-&-&-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par pourquoi-taire.over-blog.com - Publié dans : Les méandres de la vie - Communauté : trop dure la vie....
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  • pourquoi-taire.over-blog.com
  • La poupée et le chien
  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

Nostalgie de l'enfance

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