Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 20:17

5) QUAND LE CORPS S'EN MELE

 

 

Le jeudi, à cette époque là, était le jour où je pouvais aller chez ma tante et chez mon grand-père. J'y passais la journée. Je me détendais.

 

Tous deux avaient bien compris "le malaise" qui régnait, mais personne ne s'en mêlait. Et je ne faisais pas non plus état de ces maltraitances physiques.

 

Ma tante, me faisait alors de la saucisse et de la purée. Mon grand-père me conduisait au parc public où je reprenais mes jeux "comme avant".

J'avais toujours droit aux carambars, aux sucettes, aux "mistrals gagnants"...

 

C'était notre petit secret à nous car il ne fallait pas que ma belle-mère le sache.

 

Mon grand-père me choyait tellement que, lorsqu'il me ramenait, les autres soirs,  de l'école jusqu'à chez moi, il me donnait pour la route des tartines, garnies de pâté, ou de saucisson... Toutes ces denrées qui m'étaient totalement défendues chez ma belle-mère.

 

Mais, pas assez vicieuse pour jeter les tartines garnies de confiture que cette femme me laissait en guise de goûter, je les accumulais dans un sac qu'elle avait confectionné elle-même (brodé d'une tête de poule).

 

Aussi, ne suis-je pas là d'oublier le jour où, les vacances scolaires arrivées, il me fallut ramener ce sac à la maison !

Ma belle-mère y découvrit les tartines moisies. Ce fut la catastrophe !

 

Elle me gifla avec une violence incroyable, insulta mon grand-père (se doutant bien qu'il en était le responsable).

 

Et la punition tomba : "Tu n'iras plus chez ton grand-père, c'est terminé ! D'ailleurs, qu'y a t'il de plus là-bas qu'ici ? Du sucre ?".

 

Ce furent ses propos, textuellement.

 

Je ne répondis pas, mais je pleurai. Je pleurai en pensant que "là-bas" il y avait l'amour, la tendresse, l'affection, la compréhension. Tout ce qu'un enfant est en droit d'attendre.

Tout ce dont elle me privait.

 

Je me rongeais de l'intérieur, littéralement.

 

J'adorais mon grand-père (qui n'était pas assez bien pour elle évidemment), j'aimais tellement ma tante (qui n'était pas assez maniérée à son goût - souvenez-vous des biscuits...).

 

Cette femme était tellement odieuse qu'elle m'avait un jour demandé de laver une chaise en bois laqué blanc qui était dans la cuisine.

Cela n'aurait rien de particulier si ce n'était celle sur laquelle s'asseyait mon grand-père lorsqu'il venait en me ramenant de l'école.

Elle la trouvait sale et m'avait fait remarquer que c'était à cause des pantalons de mon grand-père.

 

J'ai nettoyé la chaise en me demandant si, la prochaine fois qu'il viendrait, il ne devrait pas s'asseoir sur le sol. Je peux dire maintenant qu'elle en aurait été bien capable.

 

Mais comment expliquer que je ne la détestais pas ?

Je ne savais que faire pour la soulager après son travail.

 

Et elle avait instauré un "rituel". Chaque soir en rentrant, quand elle ne vérifiait pas le ménage, elle s'asseyait, soufflait pendant dix minutes en se projetant de l'air sur la figure, et me réclamait ses pantoufles.

 

Mais qu'étais-je vraiment aux yeux de cette femme ?

 

Mon père m'avait entre-temps offert un petit chien... Un griffon que j'avais appelé "Coquette". Cette chienne était vraiment ma petite compagne et je m'en occupais bien.

 

Mon père aimait les bêtes, à l'inverse de ma belle-mère, qui ne s'employait à parler à cette chienne que lorsqu'elle avait décidé de ne plus m'adresser la parole.

  

Madame avait, comme cela, des passages où elle pouvait rester une semaine entière sans m'adresser la parole pour autre chose que des invectives.

Cette façon qu'elle avait, alors, de prendre ma chienne et de lui parler, me peinait profondément.

Je le ressentais comme de la provocation. Mais je ne disais rien ; comme toujours.

 

En dehors de ces moments là, ma chienne était elle aussi son "bouc émissaire".

 

 

Comme je l'ai écrit précédemment, nous ne disposions pas de salle de bains dans ce logement. Elle fut installée après par la propriétaire des lieux.

 

Ainsi, lorsque je me lavais, c'était les pieds dans une bassine posée sur du papier journal, près de l'évier de la cuisine.

 

Le lavage des cheveux était un supplice auquel je n'échappais pas bien sûr... (je les avais mi-longs à cette époque).

 

Elle me courbait la tête dans l'évier, d'abord le shampooing, puis elle me versait des brocs d'eau - froide bien souvent - pour un premier rinçage au vinaigre et rinçage une dernière fois à l'eau froide toujours, sans ménagement bien entendu.

 

Ce souvenir m'a aussi "hantée" pendant des années. Ma peur de l'eau a mis longtemps avant de me quitter.

 

Cette femme abominable était prête à tout pour manifester son rejet total de ma personne.

 

Que lui avais-je donc fait ? Je n'avais pas demandé à être sur terre... Elle savait, en l'épousant, que mon père avait une fille (j'ai appris en 2008 qu'elle ne m'avait pas adoptée lorsqu'ils se sont mariés).

 

Le premier cadeau de fête des mères que je lui ai offert m'a été renvoyé à la figure avec un : "Je n'ai pas besoin de cela, et de toutes façons je ne suis pas ta mère". S.I.C.

(cf la page intitulée : "le cadeau").

 

Elle m'avait profondément blessée. J'ai avalé ma salive. Je n'ai rien ajouté.

 

Et si j'écris "j'ai avalé ma salive", ce n'est pas par hasard...

 

A l'école, la médecine scolaire avait notifié sur mon carnet de santé, à plusieurs reprises déjà : "absences en classe".

 

Non, je ne faisais pas l'école buissonnière. Mais, à l'âge de 8 ans, j'ai commencé à déclarer des malaises d'origine non identifiée.

Mon père négligea cette mention. Ma belle-mère aussi.

 

Ces alertes de la médecine scolaire devinrent de plus en plus insistantes sur mon carnet de santé, accompagnées de notifications confidentielles (que j'ai d'ailleurs encore chez moi).

 

Notifications en rouge, avec point d'exclamation à l'appui et injonction de m'amener chez un spécialiste.

 

J'étais donc proche de ma onzième année quand ce problème a enfin été pris en compte...

Le diagnostic est tombé : "crises d'épilepsie".

 

Plus tard, j'apprendrai que j'étais atteinte d'une épilepsie temporale droite, avec sclérose hippocampique. Epilepsie dite "rebelle", "complexe", "partielle".

 

J'en souffre encore aujourd'hui, étant résistante à toute forme de molécules médicamenteuses.

 

Cette femme m'avait vraiment forgée de façon telle que je résistais à tout. 

 

Cela n'entravait en rien ma scolarité heureusement. J'étais toujours première de classe. Je devins seulement la risée de cette petite école primaire car il m'arrivait d'uriner durant une crise et de manifester des comportements incontrôlables et incontrôlés puisque j'étais totalement inconsciente l'espace de quelques minutes.

 

Je me souviens seulement d'un jour, où, dans une semi-inconscience caractéristique à ces crises, j'ai mis les pieds dans une poubelle en plastique ajouré qui trônait dans la classe. J'avais aussi perdu ma culotte... Hilarité totale dans les rangs évidemment.

 

A compter de l'identification de mes malaises, ma belle-mère a tout fait pour se déculpabiliser.

 

Les neurologues ne comprenant absolument pas comment, en faisant autant de crises (parfois 10 par jour), je n'avais rien d'apparent au cerveau qui justifie l'ampleur de ces malaises (une infime partie du lobe temporal droit était atteinte)... Ils en déduirent que j'étais trop stressée, trop anxieuse et tentèrent de comprendre mon mal-être.

 

C'est à ce moment que ma belle-mère invoqua l'alcoolisme de mon père, celui de ma mère (tant qu'à faire !) Subitement, ce fut comme si elle avait connu ma Maman, alors qu'elle refusait de m'en parler car "elle ignorait quelle femme elle était" ! Et pour clore le tableau, "ma mère avait fumé pendant la grossesse".

 

Bref, c'était donc la faute de ma mère si j'étais ainsi...

 

Jamais je n'ai pu supporter qu'elle salisse l'image de ma Maman dans mon esprit. Je pouvais tout accepter, mais ça, non !

 

Mais que faire, que dire ? C'était la gifle et les pires "répliques" à chaque fois.

 

J'étais donc "une tarée"...  Pour reprendre ses termes.

 

Lorsque j'étais au plus mal, éprouvant sans cesse le besoin de boire un verre d'eau tant mes troubles étaient bizarres (des crises d'angoisse que je ne cernais pas à cette époque), elle me disait : "tu es bien la fille de ton père, toujours à boire !".

 

-:-:-:-:-

 

Je me consolais avec ma petite chienne.

 

Laquelle, quelques temps après, déclara un comportement étrange.

 

Elle se plaçait brusquement sous un meuble, toujours le même, le meuble tremblait et j'essayais désespérément de déloger ma chienne de cet endroit...

 

Lorsque je parvenais à la "récupérer", elle tremblait, mettait un certain temps avant de retrouver un comportement normal.

 

Une visite chez un vétérinaire s'imposa alors.

 

A la description de cet étrange comportement, le vétérinaire fut catégorique :

 

- Ma chienne était épileptique... Elle aussi !

 

Seule solution aux yeux de ma belle-mère : l'euthanasie.

 

Ce fut "chose faite" immédiatement avec l'approbation du vétérinaire.

 

Je revois encore cette table blanche sur laquelle on avait posé ma petite Coquette, ma belle-mère qui la tenait avec le vétérinaire, et la piqûre fatale...

 

En dehors de cet acte que je considérais de barbare, je me suis alors demandé si ce n'est pas ce qu'elle aurait souhaité pouvoir faire avec moi.

 

Me piquer, se débarrasser de cette belle-fille encombrante que je représentais à ses yeux.

 

Que ma chienne soit subitement devenue épileptique n'était à mon sens pas "innocent"...

Les chiens ont un ressenti exacerbé et ma belle-mère ne devait pas être étrangère à tout cela.

 

Il me fut de toutes façons confirmé à maintes reprises par des professionnels de la santé - tous corps confondus - que même si j'avais une prédisposition à déclarer un jour l'épilepsie (ce que tout le monde a), cette femme était bien la responsable de mon état neurologique.

 

 

 

 

-&-&-&-

 

Par pourquoi-taire.over-blog.com - Publié dans : Maladie - Communauté : trop dure la vie....
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  • pourquoi-taire.over-blog.com
  • La poupée et le chien
  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

Nostalgie de l'enfance

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