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2) LE CONTEXTE
Mon père et ma mère avaient tous deux tenu un café jusqu'en 1964. Un petit commerce de quartier dans une commune de l'agglomération Lilloise. C'était aussi notre lieu d'habitation.
J'y suis née en Janvier 1960. J'y ai grandi.
J'ai paraît-il marché dès l'âge de 9 mois, et j'ai également parlé assez "précocement"...
Volonté de vivre sans doute, après une sténose du pylore déclarée rapidement après la naissance, une méningite et des convulsions dont je n'ai trace que sur mon carnet de santé.
Trace d'une cicatrice sur le ventre aussi. L'opération du pylore.
Des traces, des traces... Mais pas d'explications !
Je me souviens vaguement du carrelage noir et blanc du café, du brouhaha de la clientèle... De la musique diffusée. Et de la voix d'Edith PIAF qui résonne dans ma tête aujourd'hui encore !
J'apprendrai plus tard que ma maman imitait Edith PIAF et jouait de l'accordéon (j'en ai vu des photos vers l'âge de 19 ans !). Mon père imitait Fernand Raynaud. C'était un homme jovial qui avait beaucoup d'humour et aimait s'amuser.
Leur café était donc un petit "café-spectacles".
Ma tante (demi-soeur de mon père donc), habitait deux maisons plus loin. Mais comme beaucoup d'habitations du Nord de la France, la configuration des lieux me permettait de passer facilement de chez mes parents à chez elle. Il y avait en effet une petite cour commune située à l'arrière des maisons. Nous nous partagions les "commodités".
J'étais connue de chaque voisin qui occupait cette cour :
- un cordonnier, prénommé "Paul", que j'aimais aller voir travailler dans son atelier. J'appréciais cette odeur de cuir et de colle qui s'en dégageait et j'y passais des heures. J'admirais sa dextérité et son savoir-faire. Parfois, il m'expliquait comment il réparait les chaussures que je voyais, là, empilées sur des étagères... Il me fascinait avec ses machines si sophistiquées et si désuètes maintenant !
- Il y avait aussi une vieille dame, "Adèle", dans l'autre maison. Elle vivait seule. Je m'installais sur son divan rouge, dos à la fenêtre, et nous parlions... Comme deux amies... Plus de cinquante ans nous séparaient mais nous parlions...
Ses sourires, sa gentillesse étaient mon rayon de soleil.
Je devais être le sien aussi, car elle m'attendait toujours impatiemment et m'accueillait à bras ouverts.
J'aimais tous ces gens et ils me le rendaient bien, par leur affection, leur tendresse et leurs mots gentils.
Ma tante, divorcée, vivait avec ses trois filles et son père (celui que j'appelais "Pépère Henri"). Un homme foncièrement bon qui ne quittait jamais sa casquette lorsque nous nous promenions main dans la main.
Avec lui j'allais chaque jour dans le parc public près de chez nous. Il me laissait jouer dans le bac à sable, je grimpais partout, je jouais comme si cet endroit était le mien.
Puis il m'emmenait dans la petite cabane en bois au fond du parc. La petite "boutique" aux bonbons...
Ah ! les bonbons ! Comme j'aimais ça et comme il me gâtait sans que je demande rien mon "Pépère Henri".
Il était heureux de me voir heureuse et j'étais contente de voir ses yeux illuminés du plaisir qu'il me faisait. Il était toujours souriant, près de lui j'étais confiante... Je ne craignais rien.
C'était une époque formidable. Celle où, grâce à lui, j'ai découvert des tas de choses et des tas de gens aussi.
"Le café de l'exposition", à côté du parc, était l'endroit de prédilection des gardiens du parc. Celui de mon grand-père aussi. Il était l'ami de tout le monde !
Il y avait là une bourloire. Une immense piste sur laquelle les adultes jetaient ce que l'on appelle "les bourles", dans le Nord de la France... Du bois très lourd qui m'impressionnait, même si je ne comprenais pas l'objectif recherché dans le jeu.
Je les entendais y aller de leurs commentaires, de leurs cris de joie, de leurs déceptions aussi...
Les gardiens du parc m'aimaient bien. Les tenanciers de ce café aussi. J'étais entourée de gens affectueux et qui m'appréciaient parce que j'aimais les choses simples. Je n'avais pas été habituée au luxe. Je n'étais pas capricieuse. Tout me convenait.
Tout, du moment que je sentais l'amour.
Ma Maman était morte le 13 Avril 1964, après avoir accouché d'un enfant le 4 Avril 1964. Un enfant dont le livret de famille, que j'ai toujours, mentionne seulement : "enfant présentement sans vie".
Fille ou garçon ? Je ne sais pas. Personne ne m'en a jamais parlé.
J'ai tenté de savoir. Je cherche encore aujourd'hui...
Cela ressemble à un secret de famille auquel je n'ai pu avoir accès. Mais pourquoi donc m'avoir caché cette vérité ?
De cette année passée chez ma tante, entourée de mes trois cousines - adolescentes à l'époque - et de ce grand-père qui n'était pourtant pas biologiquement le mien, je n'ai que des souvenirs agréables.
Certes, ma tante était issue d'un milieu modeste. Bien sûr, ce n'est pas elle qui aurait pu m'apprendre toutes les bonnes manières, le "beau-parler", la retenue dans le langage, dans les gestes, dans les attitudes, etc...
Mais j'étais une petite fille épanouie. Un peu "délurée", oui, mais tellement choyée et heureuse de vivre !
J'étais aussi comme "la petite soeur" de mes cousines. Entre 9 et 12 ans seulement nous séparaient.
-&-&-&-
Bonjour à vous qui passez ici...
J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.
J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.
Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...
Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.
Bien à vous toutes et tous.
Cathy.
NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".
J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).
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