Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 16:38

  2) LE CONTEXTE

 

Mon père et ma mère avaient tous deux tenu un café jusqu'en 1964. Un petit commerce de quartier dans une commune de l'agglomération Lilloise. C'était aussi notre lieu d'habitation.

 

J'y suis née en Janvier 1960. J'y ai grandi.

J'ai paraît-il marché dès l'âge de 9 mois, et j'ai également parlé assez "précocement"...

 

Volonté de vivre sans doute, après une sténose du pylore déclarée rapidement après la naissance, une méningite et des convulsions dont je n'ai trace que sur mon carnet de santé.

Trace d'une cicatrice sur le ventre aussi. L'opération du pylore.

 

Des traces, des traces... Mais pas d'explications !

 

Je me souviens vaguement du carrelage noir et blanc du café, du brouhaha de la clientèle... De la musique diffusée. Et de la voix d'Edith PIAF qui résonne dans ma tête aujourd'hui encore !

 

J'apprendrai plus tard que ma maman imitait Edith PIAF et jouait de l'accordéon (j'en ai vu des photos vers l'âge de 19 ans !).  Mon père imitait Fernand Raynaud. C'était un homme jovial qui avait beaucoup d'humour et aimait s'amuser.

 

Leur café était donc un petit "café-spectacles".

 

Ma tante (demi-soeur de mon père donc), habitait deux maisons plus loin. Mais comme beaucoup d'habitations du Nord de la France, la configuration des lieux me permettait de passer facilement de chez mes parents à chez elle. Il y avait en effet une petite cour commune située à l'arrière des maisons. Nous nous partagions les "commodités".

 

J'étais connue de chaque voisin qui occupait cette cour : 

 

- un cordonnier, prénommé "Paul", que j'aimais aller voir travailler dans son atelier. J'appréciais cette odeur de cuir et de colle qui s'en dégageait et j'y passais des heures. J'admirais sa dextérité et son savoir-faire. Parfois, il m'expliquait comment il réparait les chaussures que je voyais, là, empilées sur des étagères... Il me fascinait avec ses machines si sophistiquées et si désuètes maintenant !

 

- Il y avait aussi une vieille dame, "Adèle", dans l'autre maison. Elle vivait seule. Je m'installais sur son divan rouge, dos à la fenêtre, et nous parlions... Comme deux amies... Plus de cinquante ans nous séparaient mais nous parlions...

Ses sourires, sa gentillesse étaient mon rayon de soleil.

Je devais être le sien aussi, car elle m'attendait toujours impatiemment et m'accueillait à bras ouverts.

 

J'aimais tous ces gens et ils me le rendaient bien, par leur affection, leur tendresse et leurs mots gentils.

 

Ma tante, divorcée, vivait avec ses trois filles et son père (celui que j'appelais "Pépère Henri"). Un homme foncièrement bon qui ne quittait jamais sa casquette lorsque nous nous promenions main dans la main.

 

Avec lui j'allais chaque jour dans le parc public près de chez nous. Il me laissait jouer dans le bac à sable, je grimpais partout, je jouais comme si cet endroit était le mien.

Puis il m'emmenait dans la petite cabane en bois au fond du parc. La petite "boutique" aux bonbons...

Ah ! les bonbons ! Comme j'aimais ça et comme il me gâtait sans que je demande rien mon "Pépère Henri".

Il était heureux de me voir heureuse et j'étais contente de voir ses yeux illuminés du plaisir qu'il me faisait. Il était toujours souriant, près de lui j'étais confiante... Je ne craignais rien.

 

C'était une époque formidable. Celle où, grâce à lui, j'ai découvert des tas de choses et des tas de gens aussi.

 

"Le café de l'exposition", à côté du parc, était l'endroit de prédilection des gardiens du parc. Celui de mon grand-père aussi. Il était l'ami de tout le monde !

 

Il y avait là une bourloire. Une immense piste sur laquelle les adultes jetaient ce que l'on appelle "les bourles", dans le Nord de la France... Du bois très lourd qui m'impressionnait, même si je ne comprenais pas l'objectif recherché dans le jeu.

 

Je les entendais y aller de leurs commentaires, de leurs cris de joie, de leurs déceptions aussi...

 

Les gardiens du parc m'aimaient bien. Les tenanciers de ce café aussi. J'étais entourée de gens affectueux et qui m'appréciaient parce que j'aimais les choses simples. Je n'avais pas été habituée au luxe. Je n'étais pas capricieuse. Tout me convenait.

Tout, du moment que je sentais l'amour.

 

 

Ma Maman était morte le 13 Avril 1964, après avoir accouché d'un enfant le 4 Avril 1964. Un enfant dont le livret de famille, que j'ai toujours, mentionne seulement : "enfant présentement sans vie".

Fille ou garçon ? Je ne sais pas. Personne ne m'en a jamais parlé.

J'ai tenté de savoir. Je cherche encore aujourd'hui...

 

Cela ressemble à un secret de famille auquel je n'ai pu avoir accès. Mais pourquoi donc m'avoir caché cette vérité ?

 

 

De cette année passée chez ma tante, entourée de mes trois cousines - adolescentes à l'époque - et de ce grand-père qui n'était pourtant pas biologiquement le mien, je n'ai que des souvenirs agréables.

 

Certes, ma tante était issue d'un milieu modeste. Bien sûr, ce n'est pas elle qui aurait pu m'apprendre toutes les bonnes manières, le "beau-parler", la retenue dans le langage, dans les gestes, dans les attitudes, etc...

 

Mais j'étais une petite fille épanouie. Un peu "délurée", oui, mais tellement choyée et heureuse de vivre !

 

J'étais aussi comme "la petite soeur" de mes cousines. Entre 9 et 12 ans seulement nous séparaient.

 

 

 

-&-&-&-

 

 

 

 

 

Par pourquoi-taire.over-blog.com - Publié dans : Le contexte de l'histoire - Communauté : trop dure la vie....
De vous à moi - ne gardez pas le silence - Voir les 6 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Bonjour, Je continue lentement cette lecture, car je veux m'en imprégner pour comprendre c'est important pour moi de "comprendre" chaque mot, chaque situation, c'est comme si je me faisais le déroulement des faits dans ma tête...Et cela est facilité car tu racontes très bien les scènes de cette enfance jusque là heureuse, simple au milieu de personnes aimantes....amicalement..écéa.

Commentaire n°1 posté par écéa le 27/07/2010 à 16h16

Bonsoir Ecéa,

Il n'est jamais facile de relater clairement le passé aussi lointain, même si l'on en est imprégné(e)... Tu sais ce que c'est.

Ce que tu lis en ce moment sont les meilleurs instants de mon enfance... Si tout avait pu continuer comme cela !

Je te remercie pour ta lecture attentive de ces pages. J'en ai posé une nouvelle aujourd'hui. J'arrive petit à petit à l'adolescence.

Je t'embrasse et t'assure de mes amitiés,

Solange.

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 27/07/2010 à 19h32

J'emploie également cette expression "de vous à moi" ma Cathy... bouleversée par tes écrits...une vie pas facile, des chagrins qui font toujours surface dans la mémoire. Je te mets aussi dans la liste de ceux pour qui j'ai de l'amitié de l'affection. Bravo pour la dextéeité avec laquelle tes narrations touchent... là où cela fait encore mal.

Je t'embrasse fort.

Anne.

Commentaire n°2 posté par Morgane le 06/08/2010 à 14h31

Bonjour Chère Anne,

Ce blog se veut bien différent de l'autre, même si j'y ai aussi narré mes souffrances en poésie. Mais ce nest pas facile de faire passer tous les messages et toutes les étapes de cette vie passée à côté de cette ignoble femme qui a finalement tué mon père !

J'ai donc voulu publier ici des écrits que je gardais dans un tiroir et que je m'emploie à continuer maintenant.

J'écris depuis que je suis toute jeune tu sais et j'aime ça. Tout comme toi.

Si tu en es "au contexte", les autres articles sont éloquents aussi et je suis loin d'avoir terminé tu sais.

Ta visite ici me touche beaucoup, j'éprouve aussi de l'amitié pour toi alors que nous ne nous connaissons pas vraiment. Mais des souffrances se sentent, si différentes soient-elles et c'est cela qui rapproche nos sensibilités je crois.

Il est quelques personnes avec lesquelles on se sent de véritables affinités. C'est cela qui nous fait du bien car c'est réciproque.

Merci pour ton gentil et touchant commentaire.

Je t'embrasse très fort,

Solange (il faut que je m'y habitude... Mais Cathy restera pour ceux qui me connaissent déjà).

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 06/08/2010 à 15h05

Bon,je commence à lire.Une aisance ds l'ecriture,j'aime beaucoup ce style simple.A plus tard.

Commentaire n°3 posté par Francois Lagane le 25/08/2010 à 11h45

Bonjour François,

Je suis agréablement surprise de vous voir ici.

J'essaie de garder un style sobre. Cette "histoire" doit être lue aisément ; elle est déjà suffisamment compliquée !

Merci beaucoup pour ce passage.

Je réponds à vos autres commentaires.

Cathy.

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 25/08/2010 à 15h01

Je trouve que tu as une belle écriture, facile à lire. On a envie de continuer la lecture.

Je dirais que tu as eu une enfance heureuse, et pourtant!!! il y a eu le déçès de ta maman. Mais ta tante a du te donner autant d'amour et c'est bien cela qui compte pour un enfant

bises, bonne soirée

Commentaire n°4 posté par Paquerette le 31/08/2010 à 21h47

Bonjour Paquerette,

Je suis ravie que beaucoup me disent que cet écrit est facile à lire. Nous ne savons pas apprécier nous-mêmes l'impact de nos écrits.

Mon enfance a été désastreuse... Si cette femme n'avait pas surgi dans la vie de mon père rien de cela ne serait arrivé. J'étais très bien chez ma tante mais cela n'a pas duré longtemps malheureusement.

Merci à toi,

Bonne journée,

Bises

 

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 01/09/2010 à 13h09

Pour adoucir tes souffrances en toute amitié ma poétesse amie.

Je t'embrasse. Anne.

Commentaire n°5 posté par Morgane le 05/10/2010 à 12h17

Bonjour Chère Anne,

Ton passage et ta citation me font chaud au coeur, vraiment. J'ai besoin de cette compréhension au regard de tout ce qui se passe en ce moment. Je cache encore bien des choses tu sais. Je ne comprends pas la méchanceté et ne la comprendrai jamais.

Je t'embrasse très fort.

Merci à toi.

Cathy.

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 05/10/2010 à 14h50

Une pensée aussi pour mon écrivaine... bisous cathy!

Commentaire n°6 posté par Morgane le 11/11/2010 à 12h14

Merci Chère Anne.

Je me remets à ma plume ici tout à l'heure... J'ai besoin de continuer ici également.

Prend bien soin de toi.

Amitiés et bisous,

Cathy.

Réponse de pourquoi-taire.over-blog.com le 11/11/2010 à 14h23

Présentation

Profil

  • pourquoi-taire.over-blog.com
  • La poupée et le chien
  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

Nostalgie de l'enfance

5x3foee-1-.gif

 

 

Le cadeau

Derniers Commentaires

Respect du droit d'auteur

douceur-pastel small

 

   

Copyright (c)
Tous les contenus présents sur ce blog sont couverts par le droit d'auteur.
En vertu de l'article L.122 du code de la propriété intellectuelle, toute représentation ou reproduction partielle ou intégrale des textes, des photographies et des illustrations sans accord de l'auteur sont interdits.

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés