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3) LA CASSURE
En Avril 1965, eut lieu le remariage de mon père.
Je n'en ai aucun souvenir, si ce n'est une photo prise sur le perron de l'hôtel de ville. Il n'y eut pas de cérémonie religieuse, mon père était veuf, mais ma belle-mère était divorcée.
Je crois que nous disposons tous d'une mémoire sélective. J'ai occulté ce mariage sans doute.
Le reste, je n'ai pu l'éviter...
Dès la première année de vie commune de mes parents, je me suis trouvée aux prises avec une femme qui voulait manifestement faire de moi une petite fille modèle.
Une poupée de salon en fait. Celle que l'on installe sur un coussin dans une position bien précise, sans qu'elle puisse bouger.
Car, là, commença le dressage quotidien !
Je me suis ainsi souvent comparée à un petit chien de rue que l'on voulut transformer en chien de salon.
Les deux métaphores se valent je crois... Celle du chien, ou celle de la poupée.
Au moindre de mes gestes cette femme me reprenait.
A la moindre parole, elle rectifiait.
Mon alimentation a radicalement changé. Plus de salaisons, plus de bonbons, plus de saucisses non plus... Mon plat préféré chez ma tante : saucisse - purée ! Ce n'était pas grand chose. Mais cela je l'avais apprécié chez ma tante et mon grand-père ; il fallait donc qu'elle me l'enlève.
Elle m'a ôté le droit de m'exprimer, surtout en présence d'un étranger. Cela aurait pu nuire à son image.
Elle travaillait dans une blanchisserie, dont elle assurait la gérance. J'y étais régulièrement bien sûr, assise sur une chaise, les bras croisés.
Un jour, un client osa me demander comment je m'appelais. Je n'ai pas eu le temps de répondre... Il n'eût pas fallu qu'il entende le son de ma voix !
Une autre fois, je me suis osée à dire "au revoir" à un client. Elle m'a dit tout de go : "tais-toi, tu ne parles pas si on ne te le demande pas".
Bien mon capitaine...
Mais, à côté des interdits, il y avait les obligations : le ménage tous les jours, la cuisine le midi lorsque j'étais dans notre habitation.
A huit ans j'étais déjà devenue une petite ménagère presque parfaite.
Je dis "presque" car rien n'était jamais assez bien fait à son goût.
Je me souviens de l'apprentissage du tricot ! J'en avais les mains moites tant elle me faisait peur. Rouspétant et criant au moindre point de travers. Je n'ai jamais su tricoter !
Et ma scolarité dans tout cela ?
Très tôt j'avais été scolarisée par mes parents biologiques. J'avais un an d'avance après avoir "sauté" une classe.
Toujours première, je donnais entière satisfaction à mes institutrices.
Je n'avais pas eu besoin de cette femme pour cela. Et pourtant, elle n'a vu chez moi que des défauts... Faisant fi de quelques qualités innées.
Preuve de son insatisfaction générale, j'étais à ses yeux "une bonne à rien". Plus tard je deviendrai "une tarée", comme elle me le répéta si souvent.
Mon père était aide-comptable chez un gros concessionnaire automobile. Toujours vêtu d'un costume-cravate. Des chemises blanches impeccables au col amidonné. C'était un homme fier de sa personne, les cheveux lissés à la brillantine comme c'était la mode dans les années 60...
A la mort de ma Maman il avait pris un appartement juste à côté de son lieu de travail. Une maison de maître, dont seul l'étage était aménagé.
Face à son lieu de travail... La blanchisserie, où il déposait son linge !
C'est donc là qu'ils se sont rencontrés. Il avait 35 ans, elle en avait 38.
Jolie femme, il faut le reconnaître. Elégante elle aussi.
Sans doute avaient-ils tout pour se plaire.
Mais comment donc mon père, si jovial, si ouvert aux autres, n'a-t'il vu que du feu dans cette belle paire d'yeux ?
Car, sortie de son commerce où il lui fallait faire bonne figure dans un quartier où les notables et les grandes maisons de maître étaient légion, son visage se refermait...
Plus un sourire, plus un mot gentil !
Très vite je suis devenue observatrice. J'ai tenté de comprendre ses attitudes, ses propos peu engageants.
Et cette obséquiosité à l'égard d'une partie de sa clientèle... Les notables. Le monde dans lequel elle se sentait bien. Et là où elle avait passé une partie de sa vie avant d'arriver dans cette blanchisserie.
Madame avait travaillé chez les grands lainiers de l'époque. Dans les châteaux.
Là, elle assurait la couture, la cuisine, le ménage.
Elle avait donc appris les convenances, les bonnes manières. Plus tard, elle me montrera un cahier sur lequel l'un de ses patrons notait chaque jour la qualité des repas qu'elle confectionnait et servait à table... Une note et une appréciation !
C'est ainsi qu'elle avait évolué dans ce milieu, avait vu vivre ces gens aisés et s'était identifiée à eux.
Il est évident qu'avec mon père et moi, elle était aux antipodes de ce qu'elle avait connu. Elle, dont le père était mineur de fond et la mère... Ancienne couturière, cuisinière et ménagère chez les notables.
La boucle est bouclée. Cette femme n'était que "façade". Sa mère lui avait inculqué la façon de vivre des notables, elle-même était ensuite entrée dans ce monde de privilégiés.
Elle voulait "paraître"... Pour elle, vivre c'était cela : veiller au moindre fait et geste, être à l'affût d'une parole maladroite. Cela réclamait un entraînement intense.
Et je devais forcément "assurer" moi aussi !
-§-§-§-§-
Bonjour à vous qui passez ici...
J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.
J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.
Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...
Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.
Bien à vous toutes et tous.
Cathy.
NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".
J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).
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