Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 18:13

6) L'APOTHEOSE

 

 

Cet "épisode" passé, je restai donc sans ma petite chienne. Et la vie reprit son cours entre les caprices de Madame, les disputes avec mon père, et les propos toujours aussi désagréables (doux euphémisme) que je pouvais entendre.

 

Mes malaises la dérangeaient, elle ne supportait pas de me voir en crise et n'hésitait pas à me secouer dès lors qu'un état convulsif se déclarait... Après je perdais connaissance et c'était la réprimande lorsque je reprenais conscience.

Pensait-elle que je le faisais exprès ? Elle n'a jamais cherché à savoir ce que j'éprouvais avant, pendant et après ces malaises.

 

Devant les neurologues, elle parlait à ma place et en changeait régulièrement dès qu'elle entendait de leur part un propos qui la gênait.

 

Au point qu'un jour, un nouveau neurologue lui a dit : "mais laissez-la donc parler, elle est assez grande pour s'exprimer. Et c'est elle qui ressent les troubles !".

 

J'avais cette sensation qu'elle avait compris à quel point elle était à l'origine de mon anxiété, génératrice des crises, et se refusait à l'admettre.

 

J'ai donc acquis ce réflexe systématique de me cacher, dès lors que je sentais une crise s'annoncer (ce que l'on appelle "l'aura"... Les quelques signes que j'étais seule à détecter. Un mal de ventre, un noeud au niveau de la gorge et un trouble inexplicable).

Le seul problème que cela posait c'est que je risquais la chute à tout moment, et les toilettes étaient mon seul "refuge" pour qu'elle ne me voie pas.

 

J'ai gardé jusqu'à une période toute récente ce réflexe de "protection", qui m'a valu bien des fractures, brûlures ou autres.

En fait, je tentais de gérer seule ces crises d'épilepsie par un conditionnement personnel (essayer de me rassurer intérieurement, ne pas paniquer)... Parfois cela fonctionnait, d'autres fois pas.

 

 

J'étais donc "une tarée", je ne ferai jamais rien de bien, ne pourrai pas me marier, ne pourrai pas avoir d'enfant, je ne trouverai jamais de travail, je ne pourrai pas faire de sport, pas conduire...

Bref, il me restait deux solutions :

 

- Entrer dans les Ordres (si tant est que l'on m'y accepte !),

- Ou me jeter dans le canal proche de chez moi.

 

Il est évident que pour commencer une vie, ce genre de propos n'ouvre pas de larges horizons.

 

A moi, donc, de tenter de les trouver... Ces horizons bien nébuleux à première vue.

 

              

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Je me suis donc juré que cette femme n'aurait pas raison de ma vie. Je n'avais qu'une idée en tête, prouver qu'elle avait tort. Prouver qu'une épileptique n'est pas forcément dénuée de capacités intellectuelles et physiques. Prouver aussi, et surtout, que j'étais capable de donner de l'amour.

 

La vie devint cependant infernale à la maison et ailleurs.

 

Non contente de m'avoir traumatisée avec le ménage et les journées passées assise sur une chaise les bras croisés dans sa blanchisserie lorsque j'étais enfant, quand arriva l'âge de l'adolescence elle m'empêcha aussi de voir mes amies.

 

Selon elle, le fait d'être reçue chez quelqu'un impliquait une réciprocité obligatoire qu'elle ne voulait pas s'imposer.

 

"Recevoir, ça coûte cher, il n'est donc pas question que tu acceptes une invitation que je devrai rendre ensuite !". 

 

Les vacances scolaires, je les passais seule, dans ce mortel appartement. Interdiction de sortir.

Sauf, bien sûr, pour les courses de Madame.

 

Il y avait bien des moments où je partais passer quelques jours chez ses parents et chez sa soeur aînée. Ils habitaient près de Denain, à 50 kms de chez nous. Ce n'était pas grand chose mais c'était la campagne et j'y étais mieux qu'avec elle ou seule.

 

Mais cette solution lui était presque obligatoire car elle avait changé d'emploi et partait désormais travailler chaque jour en tramway, à une dizaine de kilomètres de notre appartement.

 

Elle ne pouvait pas me laisser totalement sans surveillance et nous n'avions pas le téléphone !

Mon père avait traversé la crise de Mai 1968 avec fracas... Perte de son dernier emploi à ROUBAIX. Il était donc au café à longueur de temps.

 

La firme qui embauchait ma belle-mère pour la blanchisserie avait fermé ses portes. 

Ma belle-mère s'en était donc remise à son ancien travail et avait sollicité des employeurs potentiels parmi les notables et lainiers encore en activité (mais dont le déclin commençait à se faire sentir dans les années 1970).

 

Ses "références" lui permirent d'être embauchée dans deux maisons :

 

- Les "MULLIEZ", 

- Les "TOULEMONDE".

 

Mme MULLIEZ étant la belle-soeur de Mme TOULEMONDE, ma belle-mère fit d'une pierre deux coups et partagea son temps entre les deux familles.

 

Deux familles, dont je dois - avouons-le - ne dire que du bien tant j'y ai été gentiment accueillie.

 

Pourquoi le couple MULLIEZ m'invita-t'il à passer occasionnellement un après-midi en compagnie de leurs plus jeunes enfants, avec leur dernière fille surtout à peu près de mon âge ?

Comment oublier ce jour où j'étais dans le jardin avec Fany (cette petite fille) et où Yann, son frère, me proposa gentiment de m'amener une boisson ?

 

Je fus touchée par cette façon de me traiter ; moi qui n'étais que la belle-fille de leur femme de ménage (soyons clairs)...

 

Quant à la famille TOULEMONDE, j'y étais la bienvenue aussi car je gardais leurs petits-enfants.

Ce couple plus âgé avait de nombreux petits-enfants qu'il recevait régulièrement.

Je les occupais, les surveillais, et ce couple était ravi de voir comment je prenais cette "responsabilité" à coeur.

 

Etait-ce ma belle-mère qui leur avait proposé mes services ? Je ne sais pas. On ne m'a jamais demandé mon avis pour rien. J'appliquais les consignes !

 

Il est arrivé plusieurs fois, où, durant les vacances, ce couple partait dans sa propriété à Hardelot, et où ma belle-mère les accompagnait pour y poursuivre son service.

J'étais également conviée à les suivre et je m'occupais aussi des petits-enfants...

 

Seul mon père était, comme il le disait lui-même : "interdit de séjour à Hardelot".

Il n'eût pas fallu que l'on sache qui et comment était mon père.

Il restait donc seul...

 

Je peux vous dire, quoi que l'on en pense et quoi que l'avenir ait "fait" de la famille MULLIEZ surtout, que ces personnes étaient bien plus simples que

l'était ma belle-mère.

 

De vrais riches. Je crois qu'on peut le dire comme cela.

Je respecterai toujours cette famille qui a monté l'Empire que chacun connaît dans le Nord de la France et un peu partout dans le monde !

 

 

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Notre rue était relativement commerçante pour l'époque, quelques magasins de proximité et un coiffeur aussi.

 

Comment faire "l'impasse" sur ces deux commerçants que je voyais le plus régulièrement :

 

- un épicier, pour y acheter le vin rouge de table que ma belle-mère n'osait pas acheter elle-même,

 

- une mercerie, tenue par une vieille dame qui en avait fait un véritable "fourre-tout", et où l'on trouvait effectivement de tout... Y compris... Les serviettes périodiques que Madame cachait sous un autre terme et m'avait appris à prononcer, sans m'expliquer de quoi il s'agissait et que j'étais chargée de lui procurer !

Il eût été si simple d'appeler "un chat" "un chat" pour évoquer les serviettes périodiques dont elle avait besoin chaque mois... Mais ce terme la dérangeait.

Son corps la dérangeait, sa vie de femme aussi, et forcément mon approche de la puberté ne se fit pas simplement.

 

A l'âge de 11 ans, je ne savais rien de la façon dont s'opère la métamorphose d'une fille.

 

Elle m'empêchait de regarder mon corps. Elle me scrutait dans la salle de bains (enfin installée) et n'avait de cesse de me dire : "Le corps c'est sale ! Dépêche-toi de t'habiller ! Ne te regarde pas !".

 

Comment trouver ses repères dans ces conditions ?

 

Le jour où j'ai constaté une tache de sang sur mon linge de corps, j'étais perdue. Que faire ? Lui dire ? Le taire ?

J'en étais à ce point crispée que je craignais qu'elle me dispute parce que mon linge était taché !

 

Doucement, je me suis approchée d'elle dans la cuisine alors qu'elle était occupée. Je ne savais comment lui dire.

J'ai lâché un "j'ai du sang sur mon slip"...

 

J'ai reçu pour réponse :

 

- "Et bien, ma pauvre fille, tu es réglée !" (SIC).

 

"Ma pauvre fille" ? Mais de quelle maladie étais-je donc atteinte pour qu'elle m'en parle comme cela ?

 

"Réglée", c'est quoi ça ?

 

Et bien oui, j'en étais là. C'est cela qu'elle avait fait de moi. Une pauvre fille ignare de son propre corps.

 

Aujourd'hui, je peux vous le dire : ce genre de comportement et ce type de réactions de la part d'une femme peut conditionner toute votre vie future.

 

Experte dans le domaine de la destruction, sur ce plan là aussi elle m'a bloquée.

Sans oublier, néanmoins, de m'expliquer comment l'on enlève une tache de sang... C'était bien entendu indispensable à mon éducation.

 

C'est donc une personne extérieure qui a dû m'expliquer ce que "les règles" signifiaient.

Grâce à cette jeune femme je fus rassurée.

 

Rassurée, mais obligée de porter des serviettes périodiques épouvantables dont je me souviendrai longtemps encore !

 

Au collège, j'entendais les autres filles parler des "tampons périodiques".

 

J'osai un jour en parler avec ma belle-mère.

La réponse tomba telle un couperet : "il n'en est pas question. Si tu veux perdre ta virginité c'est tout ce qu'il faut faire. Tu n'y penses pas, tu es folle !".

 

Oui, décidément, je devais vraiment être folle. Folle et tarée (ce n'est pas pareil ?)...

 

Je cumulais tout, vraiment. Et c'est comme cela qu'elle souhaitait faire de moi une adolescente sage et exemplaire ?

 

Je suis restée "sage". "Exemplaire" un peu moins, car je ne recherchais qu'une chose : l'affection.

 

Et je commençais à plaire aux garçons.

 

Ce ne sont cependant pas mes vêtements qui permettaient de me rendre attirante. J'étais habillée avec des vêtements de seconde main. Les vêtements des autres ! Qu'elle se procurait je ne sais où au plus bas prix, sans que j'aie droit de regard sur couleurs et formes. Et bien souvent cela donnait de curieux résultats.

Mme MULLIEZ lui donnait parfois des vêtements provenant de sa fille.

Mais des tabliers surtout...

Tabliers que ma belle-mère trouvait tellement beaux et pratiques qu'elle m'en faisait des robes !

 

 

Avez-vous connu les maillots de bain tricotés mains ?  J'ai connu, car j'ai porté !

 

Elle n'a pas réussi à m'exempter de piscine car mon professeur de sports a lutté avec moi, mais elle a réussi à me ridiculiser aux yeux de toutes.

 

Trop cher un maillot de bain. Elle l'a fait elle-même. De couleur rouge... Très discret quoi ! Cette matière me piquait de partout. Sortie de l'eau avec cela c'était un supplice pour la peau. 

 

Si je plaisais aux garçons, j'étais donc la risée de toutes les filles qui avaient cette chance d'être "à la mode".

 

Une fille de ma classe dont les parents étaient boulangers, était justement de celles-là. Toujours habillée à la dernière mode.

Nous faisions route ensemble et il m'était arrivé d'entrer dans cette boulangerie et de parler à ses parents. Parler de l'école, ou autres. Pas de ce qui se passait chez moi bien sûr. J'en étais incapable, même si les adultes devaient sentir que je cachais un profond malaise.

 

Un jour, cette fille arriva à l'école avec un sac dans lequel il y avait un imperméable qu'elle ne voulait plus porter mais qui était pratiquement neuf.

Elle me l'a donné en me disant : "tiens, ma mère m'a demandé de te donner ça. Si cet imper te plaît tu peux l'avoir".

 

J'ai eu un pincement au coeur, ressentant tout à la fois de l'émotion et de la gêne... J'étais quelque part honteuse, tout en ayant conscience que cela partait d'un bon sentiment.

 

Je l'ai porté cet imperméable... Longtemps d'ailleurs.

 

 

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Mardi 27 juillet 2010 2 27 /07 /Juil /2010 14:29

7) PREMIERS EMOIS

 

Après que j’aie quitté le collège, mon père et ma belle-mère se sont disputés mon entrée au lycée.

Cruel dilemme ! Me faire intégrer l’enseignement public (objectif de mon père), ou l’enseignement dit « catholique » (objectif de ma belle-mère).

Mon père gagna la partie… Nous étions alors en septembre 1973, j’avais 13 ans et demi, et mon entrée en classe de 3ème (puisque j’avais toujours cette année d’avance) ne fut pas des plus simples.

Je commençais bien sûr à éprouver certains sentiments lorsqu’un garçon me plaisait. Et j’ai ainsi vécu quelques émois bien souvent inavoués (en dehors de mon journal intime, sur lequel j’écrivais chaque jour – changeant la couleur de « ma plume » selon mon humeur ou les évènements du moment  -  j’ai toujours conservé mes carnets qui me furent très précieux durant quelques années !).

J’en souffrais car je ne savais pas exprimer mon ressenti et ces garçons restaient ainsi mes confidents d’un ou plusieurs jours...

De plus, je me sentais des plus « gauches », n’avais aucune confiance en moi, et restais persuadée que je ne pouvais plaire à personne.

Je ne comprends d’ailleurs toujours pas aujourd’hui l’effet que je produis sur les hommes et en reste généralement bien troublée lorsque l’on m’avoue une attirance particulière pour celle que je suis !

 

Cette année scolaire ne fut pas la meilleure. Passer ainsi d’un collège où il n’y avait que des filles, à un lycée mixte, a beaucoup perturbé mon travail. J’y ai rencontré également des élèves peu soucieux du respect du règlement. Beaucoup trichaient lors des devoirs surveillés…

Ce fut vraiment une année désastreuse, que j’ai complètement ratée ou presque ! La décision du conseil de classe fut donc sans appel :  redoublement.

Rien de grave dans la mesure où je ne perdais rien de ma scolarité. Si ce n’est l’avance que j’avais prise quelques années auparavant.

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A la fin de cette année scolaire, fin juin 1974, le lycée organisa une journée « inter-scolaire », au cours de laquelle professeurs et élèves disputaient des matches de football, ou autres épreuves qui se déroulaient en extérieur.

Plusieurs autres établissements scolaires publics se joignirent donc à cette rencontre…

 

J’étais là, assise dans l’herbe de ce terrain de sports, spectatrice d’un match de football, lorsqu’un petit groupe de filles et de garçons s’approcha de moi.

J’ai alors croisé le regard d’un garçon assez grand, cheveux d’un brun foncé, stature élancée… Il me fixa, m’adressa la parole, se joignit à moi sur cette pelouse. Ce fut le coup de foudre !

Il avait 16 ans, faisait partie d’un club d’athlétisme de ma commune, et était déjà à ce moment là en compétitions de haut niveau.

J’allais donc, avec lui, vivre mon premier amour d’adolescente… Ma première expérience sexuelle aussi.

Cette découverte de l’amour fut particulièrement troublante, compte tenu de mon vécu.

Ainsi, lorsqu’eurent lieu les premières approches physiques, je me sentis mal à l’aise. J’eus bien sûr l’impression de faire « quelque chose de mal – de sale ».

Mon partenaire en fut surpris. Je lui expliquai mon trouble.

Sa délicatesse me permit de me laisser aller à cette étreinte « juvénile »…

Il est de ces détails que l’on n’oublie pas ; ceux-là restent parmi les meilleurs souvenirs de mon adolescence.

 

Mais comment vivre cette histoire ? Comment faire accepter cela à mon père et à ma belle-mère surtout ! Sans évoquer quoi que ce soit de cette relation physique.

De son côté, ce garçon avait un père particulièrement autoritaire et rigoriste. J’appris plus tard que sa mère était alcoolique !

Nos rencontres eurent donc lieu, tantôt chez moi, tantôt chez lui. Son père m’appréciait, quant à sa mère elle se contentait de boire son vin rouge « en cachette » dans la cuisine…  Elle n’a cependant jamais été désagréable avec moi, loin s’en faut.

Pour les rendez-vous chez moi, ma chambre étant accessible par chacun puisqu’elle se trouvait dans le prolongement de la salle à manger et ne disposait d’aucune porte, le fait de s’asseoir sur mon lit, tous deux adossés au mur, ne pouvait engendrer aucun « dérapage ».

Ma belle-mère eut bizarrement cette année là, l’idée de faire pousser du persil dans un pot qu’elle situa sur le rebord extérieur de la fenêtre de ma chambre.

Ainsi, lorsque j’étais là avec mon ami, venait-elle toutes les demi-heures arroser et vérifier son persil ! Nous nous en amusions discrètement, loin d’être dupes de ses agissements !

Cette relation ne lui convenait pas vraiment. Mais mon père avait donné son approbation.

Et si elle nous surveillait constamment, je crois surtout qu’elle se demandait quel sentiment pouvait bien m’habiter ! J’étais amoureuse comme jamais je l’avais été et cela ne pouvait pas passer inaperçu.

Comme je l’ai expliqué dans un article précédent,  ma belle-mère ne s’étant jamais offerte à mon père, que pouvait-elle comprendre à l’amour, à nos gestes tendres, notre complicité et nos rires ?

Car avec lui, je riais… Son humour faisait aussi son charme et j’avais besoin de cela.

Combien d’obstacles ce garçon a-t’il contourné pour venir me voir ! Allant même jusqu’à faire parfois des allers-retours d’un lieu de compétition à mon domicile avant de rentrer chez lui. Pour passer quelques heures avec moi.

Notre histoire d’amour dura neuf mois… Jusqu’au jour où il m’annonça qu’il s’attachait de trop et qu’il préférait cesser cette relation ne se sentant pas prêt pour le mariage !

Je ne lui demandais pas le mariage ! Pourquoi cette réaction soudaine ? Je n’ai pas compris… J’en fus très malheureuse.

Nos chemins se séparèrent, même si je sentis qu’il regrettait déjà cette rupture.

Mais ainsi va la vie… Elle réserve cependant quelquefois bien des surprises. L’avenir nous le prouvera !

 

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Mercredi 28 juillet 2010 3 28 /07 /Juil /2010 18:14

8) DECHIREMENTS SUCCESSIFS

 

 

Nous voici donc qui approchons l'année 1976, et mon redoublement scolaire me valut d'être inscrite dans un lycée privé sur décision de ma belle-mère.

 

Il convient de préciser que, depuis quelques temps déjà, mon père s'adonnait de plus en plus à la boisson, avait perdu ses emplois successifs et passait ses journées au café.

 

Dès le matin il lui fallait son verre d'alcool et je constatais chez lui un état éthylique quasi-permanent qui ne lui permettait plus d'émettre aucun jugement sur quoi que ce soit.

 

Ceci ne me permettait d'ailleurs plus d'avoir avec lui de discussions cohérentes. J'en souffrais énormément et je lui en voulais beaucoup je l'avoue.

 

Je savais pourtant qu'il n'était guère entièrement responsable de sa "dérive"...

 

Vivre avec une femme qui se refuse constamment à lui, manifestant de surcroît un caractère plus que détestable, ne pouvait pas l'épanouir !

 

Et pourtant, ce n'est pas faute pour mon père d'avoir tenté des efforts :

 

- Je me souviens de ce soir où, ayant pris de "sages" décisions, il est arrivé à la maison en tenant en mains un vase garni d'épis de blé en cristal.

 

Il l'a offert à ma belle-mère en lui disant :

 

- "Je suis prêt à faire des efforts, tentons de repartir à zéro".

 

Elle lui répondit sèchement :

 

- "Que veux-tu que j'en fasse de ton vase ? C'est totalement inutile ! Je n'ai pas besoin de ça".

 

Et mon père, de repartir avec son vase... Sans rétorquer quoi que ce soit.

 

Mon coeur avait, l'espace d'un instant, ressenti une immense espérance. Celle de voir mon père se réconcilier avec sa femme et d'oser imaginer la fin de ce calvaire, de ces disputes incessantes, de l'image de mon père qui dépérissait de jour en jour (il ne mangeait pratiquement plus)...

 

Une femme, pourtant, lui offrait quelques instants de bonheur. Je la connaissais mais ignorais ce qui se passait entre-eux.

 

Elle habitait près de chez ma tante, en face de la maison de ma meilleure amie d'enfance.

 

Et comme le dimanche je n'allais plus à la messe, alors que ma belle-mère m'y obligeait, je me rendais chez mon amie.

Un dimanche matin, j'ai effectivement constaté la présence de mon père dans cette rue, sonnant chez cette femme et l'embrassant amoureusement.

 

J'en fus surprise, bien sûr, mais comment lui en vouloir ?

 

J'eus cependant la mauvaise idée de confier cela à mon journal intime...

 

Journal précieusement caché dans un tiroir de mon bureau.

 

Quelques jours après, alors que je rentrais d'une course, ma belle-mère me dit :

 

- "Ca y est, je l'ai découvert le pot aux roses !".

 

Je tombais des nues... Que pouvait-elle donc bien avoir "découvert" ?

 

Elle me tendit mon journal intime à la page de cette "révélation", et me parla comme si j'étais responsable de l'attitude de mon père !

 

Jamais cette femme n'a su un instant seulement se poser les bonnes questions, se remettre en question... Elle avait toujours raison !

 

 

Bien évidemment, l'ambiance devint de plus en plus exécrable et mon père commença à découcher.

 

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C'est à cette époque là que mon grand-père ("Pépère Henri"), auquel je tenais tant, eut de graves ennuis de santé, fut hospitalisé et décéda quelques mois après, âgé de plus de 80 ans.

 

Ce fut pour moi une perte immense. Ma belle-mère y resta toutefois indifférente, peut-être même soulagée de le savoir hors de mon entourage !

 

Mais ce décès fut suivi d'un évènement totalement inattendu, qui n'en fut pas moins difficile à gérer :

 

- J'ignorais totalement l'existence de mon grand-père biologique (le père de ma maman)...

 

Ce dernier me recherchait et il réussit à retrouver ma trace.

 

Il vint un soir m'attendre à la sortie de mon lycée !

 

Imaginez donc le choc et ce que j'ai pu éprouver en sachant que j'avais encore sur cette terre quelqu'un qui pourrait me parler de ma maman !

 

C'était sans compter avec le rejet total que ma belle-mère fit de cet homme qu'elle ne connaissait même pas.

 

Elle voulut m'interdire de le voir et osa le menacer de cesser ses approches.

 

Mais, là, je dois vous dire que je ne me serais battue corps et âme pour maintenir ce contact.

 

Ce qui fut fait. Et je le vis dès que cela m'était possible, chez lui et sa nouvelle épouse (il était veuf et remarié). Nous habitions la même ville.

 

Mais comment donc cette femme pouvait-elle être ignoble à ce point ?

 

C'était ma famille, la seule que j'avais... Qu'elle me la laisse !

 

Mais mon Grand-Père n'avait, lui non plus, aucune réponse à cette question récurrente : "Pourquoi Maman est-elle morte en accouchant ? Etait-ce une fille ou un garçon ?".

 

Non, vraiment, personne n'avait su...

 

Mon Grand-Père m'a cependant montré des photos. Donné une photo de moi avec lui. Que j'ai conservée précieusement sans que ma belle-mère le sache.

 

 

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Ces visites chez mon Grand-Père et sa femme ne plaisaient pas à ma belle-mère, mais je ne lâchais pas. Je tenais bon.

 

Je n'avais déjà pas eu le choix de mes études, quand donc allait-elle me permettre de vivre normalement ma vie d'adolescente ?

 

Dans ce lycée privé, alors que mes professeurs s'accordaient à vanter mes bons résultats, surtout en langues vivantes, chacun était d'accord pour que je m'oriente vers une section littéraire qui m'aurait permis d'exercer plus tard le métier d'interprète, voire travailler dans une agence de voyages, par exemple.

 

Mais, lors d'une rencontre avec le corps enseignant, ma belle-mère mentionna mes crises d'épilepsie et considéra que cela me réclamerait trop de travail et trop de fatigue !

 

Résultat : elle obtint gain de cause et je fus orientée sur une seconde technologique - secrétariat, gestion, techniques administratives.

 

Son intention était en fait de me voir travailler le plus rapidement possible et d'éviter ainsi un cycle nécessitant des études supérieures !

 

Elle s'était d'ailleurs opposée à ma participation à un voyage de classe en Angleterre. Un échange entre familles.

J'avais une correspondante Anglaise et mon professeur d'Anglais souhaitait absolument que j'accompagne la classe, car de l'Anglais seconde langue (j'avais appris l'Allemand d'abord), j'étais passée en section Anglais première langue.

 

Mon changement d'établissement en était la cause et je tentais de rattraper le niveau...

 

Ce professeur ne comprit pas l'opposition de ma belle-mère à cet échange.

 

Un soir, après le cours, cette dame me demanda de rester avec elle.

Elle me dit, en substance : "Je sens que vous avez de lourds problèmes, mais je ne sais à quoi les attribuer. Vous êtes volontaire, mais trop réservée, craintive. Voulez-vous me parler ?".

 

J'ai tout expliqué à cette femme qui avait une trentaine d'années à l'époque.

 

Elle comprit tout et se chargea de trouver une élève qui pouvait recevoir ma correspondante chez elle et ne souhaitait pas partir. De cette façon, je pouvais me rendre en Angleterre chez ma correspondante, mais ne devais pas la recevoir.

Il était effectivement inconcevable de faire séjourner une jeune fille dans une atmosphère qui était celle régnant chez moi !

 

A compter de ce jour, ce professeur devint ma meilleure confidente et m'a épaulée tout le temps de ma scolarité...

Lorsque j'obtins mon baccalauréat, elle me dit : "Ne nous quittons pas comme cela. Restons en contact".

 

Elle est encore là aujourd'hui. Est devenue mon amie ainsi que son mari et cela dure depuis 34 ans.

 

 

 

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En Août 1976, j'avais trouvé un emploi saisonnier dans notre commune, au centre ville, et avais été "embauchée" pour un mois dans un magasin de jouets et accessoires divers.

 

J'y assurais la vente, le rangement, etc...

 

C'était aussi l'époque où mon père et moi ne nous parlions pratiquement plus, tant il était devenu invivable lui aussi.

 

Un matin, partant à mon travail, j'ai croisé mon père dans la rue qui le menait à son habituel café où il passait ses journées.

 

Pas un regard, pas un bonjour.

 

 

Arrivée sur mon lieu de travail, alors que j'étais à l'extérieur, occupée à installer l'étal, ma patronne m'appella et me dit :

 

"Un appel pour vous, votre mère au téléphone".

 

Que pouvait-elle bien me vouloir, je venais à peine de la quitter ?

 

"Ton père est mort, il a fait une crise cardiaque dans le café, on vient de me prévenir. Il est à la morgue".

 

J'ai éclaté en sanglots, me revoyant passer près de lui dans cette même rue où se trouvait ce café dans lequel il a poussé son dernier soupir.

 

Je m'en voulais, je m'en veux encore aujourd'hui, je culpabilise encore de n'avoir pu le serrer dans mes bras avant son "départ".

 

Ma belle-mère semblait ne rien éprouver. Du soulagement sans doute, pour ne pas changer !

 

Mon grand-père et mon père décédés la même année, c'était beaucoup en peu de temps...

 

Et la suite n'augurait rien de bon.

 

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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 16:02

 

9) SEULE AVEC ELLE

 

 

Cet évènement lié au décès de mon père date donc du 16 Août 1976.

J'avais 16 ans et j'étais maintenant entièrement livrée aux mains de cette femme !

 

Après avoir fait le vide autour de moi, en m'empêchant de voir ma tante (que je revoyais "en cachette" néanmoins), après avoir tenté d'évincer de ma route mon grand-père biologique - le père de ma Maman, et d'avoir aussi cassé les liens avec la famille de mon père (un épisode que je n'ai pas relaté mais que je ferai après), qu'allait-elle bien pouvoir faire ?

 

Je vous l'expliquerai ici, mais vais d'abord évoquer ce que j'ai occulté (il y a tant et tant à raconter !) :

 

- Mon père était issu d'une "branche" d'origine Belge.

 

Son père biologique (mort assez jeune) avait un frère, qui lui-même avait eu des enfants.

Les cousins, dits "germains", de mon père (c'est un peu compliqué car je n'ai jamais pu reconstituer d'arbre généalogique).

 

Ceux-ci habitaient YPRES, une ville Flamande pas très loin du Hainaut. Pas très loin de la frontière Française non plus.

 

Nous les fréquentions assez "régulièrement"... Dès que ma belle-mère acceptait de monter en voiture pour nous rendre à leurs invitations.

 

Ces gens, certes déjà âgés, respiraient la joie de vivre. Ces deux cousins étaient mariés à deux soeurs qui ne se quittaient pratiquement pas et habitaient "l'une en face de l'autre" dans une petite rue pavée, typique à la Flandre. C'était toujours un plaisir de les voir et de me promener avec eux sur les remparts - que j'aime toujours autant aujourd'hui d'ailleurs !

 

De cette branche, était issu aussi un autre cousin de mon père - Français celui-là - portant le même patronyme et habitant ARMENTIERES. Commune du Nord de la France située en frontière Belge.

 

Mon père et lui étaient comme deux frères ! Même frénésie de vivre, deux "bons vivants"...

 

Cet homme avait trois enfants : deux fils plus âgés que moi et une fille d'environ 6 ans ma cadette.

 

Je m'entendais très bien avec l'aîné des garçons (toujours cette "attirance" pour les adultes en fait), assez bien avec mon autre petit cousin, et ma petite cousine était très proche de moi. 

 

Le plus sombre souvenir que j'ai de cette famille, c'est celui du jour où mon père voulut inviter son cousin d'Armentières pour un réveillon de fin d'année dans notre appartement...

Je me faisais une joie de ce réveillon (n'en ayant jamais connu) et tout était prêt pour les recevoir.

 

La soirée a bien vite tourné court. Ma belle-mère ayant déclenché une dispute qui fit fuir tout le monde !

 

La dernière fois que nous les avons vus, c'était lors d'une réunion de famille organisée à Armentières, chez eux, pour la communion de leur fille.

 

Mon père est mort peu de temps après.

 

-&-&-&-

 

 

Cet épisode était important à relater, car dès les funérailles de mon père terminées, ma belle-mère n'a jamais plus voulu avoir de contact avec cette famille non plus.

 

Elle avait évincé tout le monde cette fois ! Et pouvait faire de moi ce qu'elle voulait.

Puisque telles étaient ses intentions...

 

-&-&-&-

 

 

Mon père n'étant pas croyant, ses funérailles eurent lieu civilement. A peu de frais bien sûr. Il fut enterré dans le caveau dans lequel reposait déjà ma Maman.

 

Il eut au moins cette satisfaction de reposer auprès de celle qui l'avait vraiment aimé.

 

Cette journée fut éprouvante pour moi. Un énorme soulagement pour "sa veuve".

 

Une veuve qui avait déjà pris l'attache d'un ami de mon père - premier adjoint au maire de notre commune - pour régler les formalités liées à ce décès.

 

Cet homme travaillait à la sécurité sociale et pouvait donc la conseiller parfaitement... Sur ses droits !

 

Elle qui revendiquait très souvent son nom de jeune fille, eut soudain l'envie d'utiliser à tout-va son nom marital. Et n'oublia surtout pas d'indiquer qu'elle avait "une fille à charge", puisque pécule supplémentaire il y avait !

 

Ne vous étonnez pas que je connaisse par coeur ses méthodes ; je les ai toutes découvertes lorsque vint l'heure de son décès... Bien plus tard !

 

 

J'allais entrer en classe de terminale, en septembre 1976.

S'il était impensable que je poursuive quelque étude supérieure avant le décès de mon père, imaginez donc ce qu'il en fut après cet évènement...

 

Je savais donc, d'emblée, que si j'obtenais mon baccalauréat j'irais tout droit travailler.

Où ? Je ne pouvais le dire.

 

Elle seule le savait déjà !

 

 

-&-&-&-

 

Mais nous n'en sommes pas là...  Laissons le temps au temps, et l'argent à l'argent !

 

Mon père ne laissait pour seul héritage que trois petites maisons qu'il avait achetées il y a bien longtemps. A l'époque où ma Maman vivait encore :

 

- son café, devenu habitation particulière,

- la maison de celle qui était sa maîtresse,

- et une autre habitée par une très vieille dame.

 

Des maisons louées à ces occupants et, qui, je l'ignorais, me revenaient de plein droit. J'étais, selon ce que j'ai entendu, "l'usufruitière".

 

J'avais 16 ans et n'étais donc pas majeure...

 

Ma belle-mère me parla "d'émancipation". Quid ?

 

Je ne saisis pas très bien l'objectif, mais me retrouvai vite au coeur d'une querelle familiale.

 

Car pour m'émanciper, il fallait l'accord de la famille. Ma seule famille biologique était mon grand-père. Dont elle m'avait éloignée.

 

Il fallait aussi l'accord du juge des tutelles et organiser un "conseil de famille" ! Auquel, bien sûr, fut convoqué mon grand-père.

 

Si, personnellement, je n'avais pas saisi la finesse d'esprit de cette odieuse femme, mon grand-père, lui, l'avait comprise.

 

Le but était de m'émanciper pour que je puisse être autorisée à mettre en vente les maisons de mon père.

 

Lequel produit de la vente irait bien entendu dans les caisses de Madame...

 

Ah ! Ce conseil de famille ! Pauvre juge !

 

Mon grand-père cria haut et fort son opposition à cette volonté d'émancipation, indiquant tout de go la "manoeuvre" non dépourvue d'intérêt de ma belle-mère.

 

Elle se défendit bec et ongles, mais face à mon grand-père elle ne faisait pas le poids. Enfin quelqu'un qui lui résistait ! De plus, cet homme était de forte corpulence et impressionnait beaucoup par sa personnalité. 

 

 

Résultat : Pas d'émancipation.

 

Ma belle-mère en était quitte pour attendre un an et demi encore.

 

Voici donc, l'une des autres faces cachées de cette femme vraiment capable de tout et elle le prouvera encore...

 

-&-&-&-

 

                                               

Car, non contente d'avoir sollicité ce représentant de la ville pour ses formalités administratives (le premier adjoint au maire ancien ami de mon père), elle lui avait aussi parlé de moi.

 

"J'allais passer mon baccalauréat, il fallait absolument que cette veuve avec une enfant à charge s'en sorte financièrement et que je trouve rapidement du travail" (On dirait que je l'entends !).

 

De mon côté, n'en sachant rien, à l'approche de l'échéance du baccalauréat, je m'étais débrouillée pour passer des concours et me mettre en poche le plus possible de diplômes (de faible importance, certes, mais sait-on jamais) :

 

- concours de rapidité en sténodactylographie - que j'ai réussi,

 

- concours d'entrée à la préfecture du Nord, auquel je fus admise,

 

- et mon baccalauréat que j'obtins assez brillamment puisque, si mention il y avait eue en section technologique à cette époque, mes professeurs me firent savoir que j'aurais eu la mention "bien"...

 

 

Cette année scolaire, en Juin 1978, se terminait donc correctement. Je ne me suis accordé aucun répit (ignorant toujours tout de ce que ma belle-mère cogitait). Et, immédiatement après les épreuves du baccalauréat, je fis un intérim de plus d'un mois au service comptabilité d'une grande firme de vente par correspondance. Le tramway me permettait de m'y rendre chaque jour seule.

 

J'y assurais des fonctions de secrétaire.

 

Le jour des résultats du baccalauréat,  je me rendis bien sûr dans mon lycée afin d'en prendre connaissance. Quelqu'un y était passé avant moi.

 

Lorsque je suis arrivée dans notre appartement, ce soir là, je fus accueillie par ma belle-mère, comme jamais elle ne l'avait fait !

 

Je me souviens que je portais un pantalon gris... (détail peu anodin). Elle me sauta au cou en me disant :

 

- "Ah ! Voilà mon petit garçon qui revient ! Félicitations ! J'ai invité ta marraine pour ce soir".

 

"Petit garçon, petit garçon ?" Pourquoi donc ? Faisait-elle allusion à mon pantalon ou était-ce un lapsus révélateur de ce qu'elle aurait voulu que je fus ?

 

Bref, ce soir là j'étais "aux petits oignons", ma belle-mère n'ayant rien oublié de ces détails qui en disent long sur son hypocrisie.

 

Car j'eus droit aussi, devant ma marraine et son mari (la fille aînée de ma tante adorée) à un gâteau préparé par ses soins, sur lequel elle avait apposé la mention suivante :

 

"A ma petite fille chérie".

 

Bon, n'en faisons pas trop quand même. Car s'ils savaient ce que subissait et subirait encore sa "petite fille chérie", ils tomberaient de haut ces pauvres gens !

 

Ma belle-mère s'entendait très bien avec la fille aînée de ma tante (celle que je ne pouvais plus voir), car cette femme avait acquis une certaine classe... Elles avaient donc la même fibre... Beaucoup de paraître et peu de sentiments. La plus jeune fille de ma tante était mariée à un alcoolique malheureusement et la troisième avait migré vers la Haute-Savoie où son mari avait une excellente situation.

 

                                                        -&-&-&-

 

Que pouvait-elle donc avoir en tête pour faire preuve à mon égard d'une telle obséquiosité ? (Je ne saurais écrire "gentillesse", veuillez m'en excuser).

 

J'appris, après mon intérim, que cette firme de V.P.C. souhaitait m'embaucher.

 

La préfecture du Nord me stipula par courrier que je devais me présenter pour un poste en ses services...

 

L'époque où le travail était encore "au choix". Ce qui n'est plus le cas malheureusement.

 

Mais ce choix je n'eus pas le temps de le faire.

 

Je reçus aussi un courrier provenant de la mairie de ma commune. "Invitée" à y passer un examen devant le Directeur du Personnel (à ce moment c'était encore l'appellation).

J'étais recrutée, mais devais me soumettre à quelques exercices de Français, de sténodactylographie et un peu de mathématiques.

 

D'où pouvait donc bien "pleuvoir" ce courrier provenant d'une administration que je n'avais nullement sollicitée, et où je n'avais pas postulé ?

 

Ai-je au moins mon mot à dire ?

 

Puis-je choisir et décider de mon avenir ?

 

Personnellement, j'hésitais entre cette firme de V.P.C. bien connue, et la préfecture du Nord où j'aurais pu être fonctionnaire d'Etat et travailler sur des postes peut-être intéressants...

 

Mais le choix était fait. Ma belle-mère avait décidé.

   

Ce fut la mairie, toute proche de notre domicile, qui m'accueillit le 16 Août 1978 (deux ans, jour pour jour, après le décès de mon père), puisque j'avais réussi cet examen de passage devant un directeur du personnel particulièrement autoritaire et peu enclin à la tolérance (mais j'étais formée pour cela déjà !).

 

C'est là que je compris le sort que l'on m'avait réservé "en coulisses".

 

Ce premier adjoint au maire que ma belle-mère avait sollicité, lui avait dit : "Ne vous inquiétez pas, si elle obtient son baccalauréat je l'embauche".

 

Elle ne me l'avoua qu'après. Il m'en parlera lui aussi. 

 

A 18 ans révolus, j'étais aussi majeure par voie de conséquence...

 

Et "majeure" voulait dire... "Libre et responsable de ses actes".

 

Ah ?

 

                                                    -&-&-&-

 

 

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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 18:55

10) BIEN SOUS TOUS RAPPORTS

 

 

 

Je n'entendis plus parler des trois maisons de mon père. Je me rendais de plus en plus rarement dans ce quartier puisque je travaillais.

 

J'avais aussi d'autres préoccupations, étant donné que j'avais rencontré un garçon, en 1976, au moment où j'avais cet emploi saisonnier en centre ville.

 

A cette époque, je venais de perdre mon père, je passais régulièrement dans la rue où il habitait (un commerce d'articles électro-ménagers), et il était toujours à sa porte au moment où j'arrivais à hauteur de ce bâtiment.

 

Il était de cinq ans mon aîné. Il était doux, attentif, rassurant. Il n'avait rien d'un Dom Juan, mais possédait je crois toutes les qualités qu'attendait mon coeur à ce moment là.

 

Très vite je fus admise dans sa famille.

 

J'y découvris sa mère, douce et attentionnée, son père, assez affectueux et très volubile, ses deux frères plus âgés que lui et déjà mariés. Et leurs épouses, donc... L'une d'elles venait d'accoucher d'une petite fille. Je fus invitée au baptême.

 

Ma belle-mère y avait trouvé matière à redire, même si elle connaissait de réputation ces commerçants très appréciés dans la ville. Et dont j'avais pu constater qu'ils n'avaient guère à se plaindre de leurs affaires.

Le père de ce garçon en faisait bien souvent état.

 

Mais, je ne fréquentais pas un garçon "de la haute société"...

 

"Tu verras, tu le regretteras plus tard. Car dans ton travail tu pourrais rencontrer des gens biens, ayant une bonne situation".

 

Ce furent à peu près ses propos quand elle se rendit compte que nous évoquions des fiançailles, courant 1979. J'avais 19 ans, et lui 24.

 

Evidemment, mon ami n'était "que" magasinier dans une firme automobile.

 

Evidemment, il n'était pas du genre intellectuel. Mais qu'importe.

 

Je lui répondis que je voyais surtout l'intelligence du coeur.

 

Et là, j'étais dans une famille unie. Je m'y sentais bien.

 

-:-:-:-

 

 

Un jour, je reçus une lettre émanant d'un notaire de notre ville, me convoquant à son Etude pour "clôturer une vente".

 

En arrivant dans son bureau, j'appris que les trois maisons de mon père avaient été vendues. 

 

A qui ?  Où sont les acheteurs ? Et les trois en même temps ?

Belle époque !

 

Le notaire me présenta un acte de vente à signer.

 

J'avais à peine 19 ans, peu d'expérience en ce domaine (ce qui n'est plus le cas maintenant)...

 

Je signai les documents qu'il me tendit.

 

Je ne vis jamais la couleur de cet argent émanant de la vente.

 

J'appris seulement que j'avais un petit livret "plan épargne logement", sur lequel il y avait une toute petite somme (à l'époque une dixaine de milliers de francs). 

 

La subtilité était la suivante :

 

- Ma belle-mère avait vendu les maisons par le biais de ce notaire et empoché la somme qui normalement me revenait.

 

J'ai su, quelques temps après, en recevant un appel téléphonique sur mon lieu de travail, à quel point je m'étais fait avoir.

 

Quelqu'un du service cadastre de la mairie me contacta et me dit : "C'est bien vous qui êtes propriétaire de telle et telle maison ?".

 

Je répondis que non, qu'elles avaient été vendues.

 

- "A qui ?" me demanda mon interlocutrice,

 

- "Je ne sais pas. Contactez-donc Maître untel, c'est lui qui m'a convoquée. Et si toutefois vous pouviez me dire qui en est propriétaire maintenant, cela m'intéresserait".

 

Cette responsable du service cadastre, me rappela peu de temps après pour me dire :

 

- "Vos trois maisons ont été rachetées par le notaire lui-même, Mademoiselle".

 

J'en fus époustouflée !

 

Tous deux, ma belle-mère et lui, étaient donc de connivence pour m'arnaquer. Je ne peux le dire autrement.

 

Je m'en confiai à mes futurs beaux-parents qui trouvèrent la chose assez invraisemblable.

Ils n'appréciaient déjà pas spécialement ma belle-mère, qui continuait de m'en faire voir de toutes les couleurs, mais ils ne la pensaient pas capable d'un tel acte.

 

C'était une femme "bien sous tous rapports". Dès l'instant, surtout, où il pouvait y avoir rapport... De gains bien entendu !

 

Mon grand-père était encore vivant, j'aurais pu lui demander de m'aider, de faire quelque chose. Je ne l'ai pas fait.

 

A quoi bon se battre, pour de l'argent surtout... Ce n'est pas "ma fibre".

 

Mais je n'étais pas au bout de mes surprises.

 

 

-&-&-&-

 

 

 

 

 

 

 

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  • pourquoi-taire.over-blog.com
  • La poupée et le chien
  • Agée de 51 ans, j'éprouve depuis longtemps le besoin d'expliquer mon histoire. Celle d'une petite fille que la mort de sa maman a détruite à l'âge de 4 ans... Ecriture exutoire, sans misérabilisme. Mais récit assez édifiant.

Pourquoi ce blog ?

Dame Hélène 

 

Bonjour à vous qui passez ici...

 

J'ai ouvert ce blog pour tenter de me libérer de tous les blocages que m'a infligés celle qui s'est substituée à ma mère en 1965, lorsque mon père s'est remarié, après la mort de ma Maman, survenu en Avril 1964. J'avais alors 4 ans. J'étais enfant unique.

 

J'y dénonce toutes les souffrances, sévices moraux et physiques qu'elle m'a également fait subir.

 

Je tente de vous narrer mon enfance et mon adolescence le plus clairement possible, afin de mettre en exergue les dégâts que certains adultes peuvent opérer sur l'esprit d'un enfant...

 

Vous lirez également, ici, ma tentative de "reconstruction" au fil des années, durant ma vie d'adulte.  

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Bien à vous toutes et tous.

 

 

Cathy. 

 

 

 

NB : cette image est une création de mon amie "Hélène".

 

J'apprécie cette représentation, car cette femme ressemble beaucoup à ma Maman à l'âge de son décès en 1964 (elle avait 31 ans).

 

Nostalgie de l'enfance

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